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Sains Du Nord, l’exploitation du Défriché : un bel exemple qui conjugue système herbager et biodiversité.

A quelques encablures de la frontière avec la Belgique, bordée par une forêt clôturée de 6 000 ha, nous entrons sous un porche qui s’ouvre sur une cour de ferme carrée. « Ces fortifications sont historiques, elles permettaient d’éviter les pillages dans cette zone frontalière » précise Antoine Scaillierez directeur de l’exploitation de l’Établissement Public Local de Douai, site de Sains du Nord. L’exploitation d’élevage consacre l’entièreté de ses 73 ha de SAU à la production d’herbe. Les surfaces sont, de surcroit, conduites en Agriculture Biologique.

Le site du Défriché accueille également depuis 2019 un espace test piloté par l’association “à petits pas”, où de futurs maraichers viennent tester leur projet d’installation. Antoine Scaillierez se félicite de l’arrivée récente de cet espace test qui conforte l’ancrage territorial de l’établissement tout en offrant une corde supplémentaire à « l’arc pédagogique » sans en faire supporter le fonctionnement à l’exploitation qui reste à vocation d’élevage.

Un troupeau de 50 vaches limousines, conduites en AB, produit des broutards, quelques veaux et des vaches de boucherie. La contractualisation avec un boucher permet de vendre les animaux à un prix équitable tout en conservant quelques animaux destinés aux cantines de l’établissement. Selon les années et en fonction des ressources en fourrages, les génisses sont toutes ou partiellement conservées, signe de la volonté d’adaptation et de la résilience du système.

Une troupe ovine de 130 brebis de race Texel croisées avec des béliers Charollais produit des agneaux d’herbe et de bergerie et constitue le second atelier animal de l’exploitation.

Un système fourrager innovant où toutes les ressources sont exploitées

Antoine est fier de nous décrire ce paysage vert et un brin bucolique dans lequel des étangs et des haies délimitent les parcelles de pâturage. Pour lui, « l’exploitation est une pépite :  il y a une vraie fibre environnementale au domaine. On peut observer la présence de tritons crêtés ». C’est un terrain de travail et d’observation privilégié pour les Bac Pro GMNF (Gestion des Milieux Naturels et de la Faune) de l’établissement.

L’autonomie alimentaire est la ligne directrice et les haies diversifiées sont maintenant considérées comme une ressource supplémentaire pour les animaux. Antoine nous confie « je suis persuadé qu’il y a autant de fourrage consommé dans la haie que de production fourragère au pied de celle-ci ». L’étude réalisée avec le parc naturel régional de l’Avesnois tend à le montrer, même si cela repose davantage sur des observations que réellement sur une expérimentation. L’exploitation adhère depuis quelques années au Réseau Pâtur’Ajuste. Cela a permis, nous explique Antoine de « s'enlever des contraintes psychologiques :  même si certaines plantes sont épiées au pâturage, ce n'est pas un problème ». Le retour d’expérience a donné lieu à une publication du réseau (voir fiche « Retour d’expérience – Le pâturage des haies et arbustes »). De la même façon, les publications de Pâtur’ajuste ont montré que les haies ne pénalisent pas la pousse de l’herbe. Deux kilomètres de haies ont été plantés récemment et viennent s’ajouter aux six kilomètres présents historiquement. Les copeaux produits seront utilisés comme litière dans les bâtiments pour limiter l’achat de paille.  Antoine fait l’hypothèse que l’épandage dans les parcelles de cette litière bois pourrait améliorer la structure des sols limoneux argileux.

Toutes les surfaces sont concernées par le pâturage. « Aujourd’hui le troupeau de Limousines pâture dans notre pré verger » explique-Antoine nous accompagnant pour la visite du troupeau. 400 arbres ont été plantés ces dernières années avec le conservatoire des espèces anciennes, renouant avec une tradition de pré-vergers de la région. L’objectif de 1000 arbres à planter a été fixé par l’exploitation dans le but de produire des pommes à couteaux et du jus de pommes.

Economiquement rentable, socialement performante et transmissible….

Antoine Scaillierez nous dévoile un des points forts de cette exploitation : un système simple qui repose sur peu de main d’œuvre, et également un système performant économiquement. Avec raison, il insiste « cette exploitation a su s’adapter vers un système simple agroécologique pour lequel la mécanisation est réduite à l’essentiel ». Pour exemple,un seul tracteur permet de pailler les animaux et de distribuer l’alimentation en même temps. Ce système est reconnu pour ses engagements en matière de biodiversité et a, par exemple, contractualisé une vingtaine d’hectares en fauche tardive. Les parcelles seront fauchées à partir du 20 juin pour favoriser la nidation. L’utilisation d’un effaroucheur et la fauche à partir du centre des parcelles limite les impacts sur le gibier.

En guise de conclusion, Antoine nous livre ses clés de réussite : “conduire un système économe, autonome, faire des expériences et apprendre de ces expériences. En cela, l’appui du réseau Pâtur’Ajuste est un formidable outil pour apprendre à faire des kilogrammes de viande à l’herbe avec une approche très pragmatique ».

 


Trois questions à Antoine Scaillierez :

- De quoi êtes-vous le plus fier « D’avoir développé un système équilibré, en harmonie et facilement transmissible »

- S’il fallait améliorer quelque chose ?« Renforcer le relationnel avec les formateurs pour faire de la culture de l’herbe un objet commun »

- Un conseil à donner à un éventuel successeur ? « Prends le temps d'observer, de regarder comment ça fonctionne avant de bouleverser, avant de prendre des décisions car l’exploitation le permet. »


Quelques chiffres clés :

SAU : 73,6 hectares dont 71.5 hectares d'un seul tenant :  prairies permanentes et haies

50 vaches allaitantes de race Limousine conduites en Agriculture biologique et la suite

130 brebis Texel (robustesse) croisées Charollais (conformation) en conventionnel

Des vergers de pommiers et poiriers de plus de 400 arbres, 1000 à terme

1 ha d’étangs riches en poissons

Un espace test en maraichage géré par l’association A Petits PAS

2 salariés à temps partiel soit 1,2 ETP

Fiche Retour d’expérience du réseau Pâtur’ajuste : Le pâturage des haies et arbustes, pour offrir une ressource alimentaire appréciée des animaux et limiter la mécanisation


Contacts :

Fabrice Henry, directeur de l’EPLEFPA de Douai : fabrice.henry(at)educagri.fr

Stéphane Dubois, directeur adjoint, responsable du site de Sains du Nord, stephane.dubois(at)educagri.fr

Antoine Scaillierez, directeur de l’exploitation de Sains du Nord : antoine.scaillierez(at)educagri.fr

Céline Leprovost, chargée de mission ADT, DRAAF-SRFD Hauts de France, celine.leprovost(at)agriculture.gouv.fr

Christophe Dempierre, DRAAF-SRFD Hauts de France : christophe.dempierre(at)agriculture.gouv.fr

Site de l’EPLEFPA de Douai : https://wagnonville.fr/


 

Juin 2023 – Hervé Longy et Emmanuelle Zanchi, animateurs Réso'them de l'enseignement agricole