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Animation et développement
des territoires
de l'enseignement agricole

À Ribécourt, le végétal et le paysage fédèrent les énergies du campus

L’exploitation horticole de l’établissement de Ribécourt multiplie les actions et projets innovants (pépinière, permaculture, zone humide, aquaponie, ...), bien ancrés avec les problématiques de territoire. Rencontre avec Gaétan Esclavont, son dynamique directeur…

En plein cœur de l’hiver, une certaine effervescence se maintient dans les serres du château de Ribécourt, l’exploitation horticole de l’établissement picard. Des élèves disposent les produits du maraichage dans la boutique de vente, des enseignants viennent prendre le café ou déjeuner dans la salle de réunion adjacente… « Ici, les profs sont très présents et soudés, je n’ai aucune difficulté à les mobiliser » constate Gaétan Esclavont, ancien élève du lycée passé par le privé (responsable de jardinerie-pépinière) avant de « revenir » travailler sur le campus, comme formateur en 2017 et directeur de l’exploitation en 2019.

Label éco-jardin et zone humide

Pour ce qui est de la mobilisation, il y a de quoi faire ici, en appui au salarié et aux deux apprentis, « choisis souvent chaque année parmi les meilleurs étudiants de l’établissement ». Cela commence par la présence sur une trentaine de marchés extérieurs par an, pour contrer la baisse des ventes sur le campus : « Les clients n’aiment pas le contrôle de l’accès par un portail fermé (lié au plan Vigipirate) » précise Gaétan.
Et puis les nombreuses actions mises en route au fil du temps : tout d’abord, depuis 2010, la démarche « zéro phyto » et l’obtention du label éco-jardin pour les 13 ha du domaine. « Nous avons la note de 97/100, je me demande comment on va pouvoir encore augmenter notre score pour le renouvellement du label ! », ironise le directeur. 
Et encore, depuis 2014, la transformation d’une peupleraie (en partie nord du parc paysager) en zone humide sur 2,5 ha, avec création de deux mares (dans le cadre d'une mesure de compensation écologique avec Voies Navigables de France et la Société du Canal Seine-Nord Europe, voir la fiche-action). Conçue par les BTSA Aménagements paysagers par apprentissage et gérée depuis par les bac pro GMNF du lycée voisin d’Airion (qui donnent les orientations de gestion) et par les CAP Jardinier paysagiste et les bac pro Aménagements paysagers de l’établissement (pour la mise en œuvre). Elle y accueille une douzaine d’ovins (moutons d’Ouessant et chèvres) en éco-pâturage.

Ormes lisses et chênes pubescents

Ce partenariat avec la Société du Canal Seine-Europe a débouché également sur un marché (en convention tripartite avec le Conservatoire botanique national de Bailleul) pour la production de 3 000 plants (puis 1 500 supplémentaires chaque année) d’ormes lisses, à partir de semences prélevées sur des arbres sains et résistants à la graphiose. « Avec 87 % de levée en été (période creuse pour les serres), on obtient de beaux bébés de 80 cm environ en novembre … et de bonne valeur ajoutée ! » se félicite Gaétan, qui a obtenu également un autre marché sur cette espèce avec le Syndicat mixte Oise Aronde.

Autre fierté sur la pépinière : la production de chênes pubescents « purs » pour l’Office national des forêts, suite au challenge « Une forêt d’idées » lancé par le ministère de l’Agriculture en 2023 en direction des établissements … et remporté notamment par le campus de Ribécourt.

Du maraichage à l’aquaponie

Sur les hauteurs du domaine s’étendent les parcelles de vergers conservatoires (près de 50 variétés de pommes anciennes entre autres), de saules-osiers (pour le marché de la vannerie), de haies « pédagogiques » (pour l’entrainement à la taille) et de maraichage : les légumes produits en agriculture biologique sont vendus, outre la boutique et les marchés, dans deux cantines. Pour l’amendement organique, sur ce territoire sans élevage, la solution est venue d’un des apprentis : « Il s’est proposé pour aller chercher en tracteur 25 m3 de fumier sur l’établissement d’Amiens-le Paraclet, à 60 kms ! ». Jamais à court d’idée, Gaétan envisage également de se lancer dans la plantation de vigne pour du raisin de table. 
À noter aussi la participation de l’exploitation depuis quatre ans à une action du projet alimentaire territorial (PAT Pays de Sources et vallées) concernant un espace test maraicher qui va démarrer sur le territoire, et pour lequel le directeur de l'exploitation contribuera à la formation. Dans ce territoire de grandes cultures, Gaétan se réjouit d’avoir un futur collaborateur en maraîchage !

En redescendant vers les serres, nous passons par la future parcelle expérimentale de permaculture, l’établissement étant l’un des partenaires lauréats du CASDAR PermaInnov-EA de l’enseignement agricole, animé par le CEZ- Bergerie nationale. Dans ce cadre bucolique, qui est même proposé pour des photos de mariages, l’objectif est bien de montrer un lieu qui fleurit et qui produit (de la rose au kiwi), en associant en particulier les adultes en formation, porteurs de projets personnels dans cette démarche. Ils sont ainsi en réseau avec une dizaine d’établissements impliqués et vont contribuer à de la création de ressources pédagogiques avec les partenaires du projet.

La gestion des serres n’est pas oubliée dans la réflexion du directeur : vers la diminution des cultures florales d’hiver (poinsettias) pour l’économie de chauffage (avec augmentation concomitante des plants en pépinière), une maintenance des bâches suivie de près, 10% du chiffre annuel consacré aux rénovations et investissements divers… « L’infrastructure est vraiment idéale pour la pédagogie, car tous les types d’équipements sont présents ici : tables, différents types de voiles d’ombrages, … » précise Gaétan.
À l’intérieur d’une des serres, nous découvrons les structures du pilote d’aquaponie, construit en 2018, complété par les deux nouveaux bassins aquacoles tout juste livrés : « Ici, après les carpes koïs, nous comptons expérimenter avec les BTS la production de truites, en deux cycles par an, pour le marché local des étangs de pêche de loisir ». Si les essais sont validés, Gaétan envisage d’investir dans des structures de production plus grandes, un espace étant d’ores et déjà libre à côté de ce pilote. L’aquaponie, comme la pépinière, ont à un moment été des leviers pour faire revenir les élèves à l’exploitation en proposant des activités attractives pour les jeunes et plus réparties tout au long de l’année.

Non loin, dans une autre serre, des élèves de 4e et 3e d’un collège voisin sont en TP de rempotage : la proposition de ces « bancs d’essais » horticulture et paysage de 3 jours pour chaque classe accueillie est un vrai succès et un bon vecteur de « recrutement » pour les formations sur le campus. Pas de doute, Ribécourt cultive son avenir avec le plein d’énergie !

Les 3 questions de fin à Gaétan Esclavont

De quoi êtes-vous le plus fier ?  Du retour que l’on me fait sur l’évolution de l’exploitation, en interne et en externe. Et puis que cela profite aux gamins : la transmission, c’est mon leitmotiv !

S’il fallait améliorer quelque chose ?  Augmenter les débouchés, par exemple avec l’idée d’un magasin hors du site du campus

Un conseil à un éventuel successeur ?  On est une petite équipe, donc veiller avant tout au bien-être du salarié, des apprentis et des collègues … et bien reconnaître les compétences de chacun.


En savoir plus :

Site de l’établissement de Ribécourt : https://lpa-de-ribecourt-dreslincourt.60.ac-amiens.fr/

Présentation des actions menées par l’établissement sur les 13 ha pour le label écojardin : https://label-ecojardin.fr/site/lycee-horticole-de-ribecourt

Padlet du projet casdar PermaInnov-EA (avec la présentation du projets permacole de l’établissement et les avancées dans des lettres d’info du projet) : https://padlet.com/Bergerienationale/casdar-permalnnov-ea-j0bu46d98wq6nzfi

Contacts :

Gaétan Esclavont, directeur de l’exploitation de l’EPLEFPA de Ribécourt : gaetan.esclavont(at)educagri.fr

Valérie Fabre, directrice de l’EPLEFPA de Ribécourt : valerie.fabre(at)educagri.fr

Vincent Provost, chargé de mission ADT, DRAAF-SRFD Hauts de France : vincent.provost(at)agriculture.gouv.fr


Février 2026 - Dominique Dalbin et Claire Durox, animateurs Réso’them de l’enseignement agricole