Domaine des Millarges : la viticulture du futur s’invente à l’Agro Campus de Tours–Fondettes
Sur les hauteurs de Chinon, en bordure d’une zone Natura 2000 là où pousse l’orchidée petite araignée sur un sol de sables coquilleux appelé Millarges, l’avenir de la viticulture ligérienne est en train de s’écrire. Ici, au domaine viticole de l’AgroCampus de Tours–Fondettes, la démonstration, l’expérimentation agronomique et la formation des futurs professionnels s’unissent pour développer un vignoble plus résilient, plus diversifié et durable.
Un domaine pionnier, enraciné dans son terroir

Depuis sa création en 1973, le domaine des Millarges porte haut les couleurs d’une viticulture responsable. Sur ses 22 hectares, les cépages emblématiques du Val de Loire — Chenin pour les blancs, Cabernet franc pour les rouges — côtoient Grolleau et Cabernet Sauvignon, choisis pour diversifier les profils et sécuriser les vendanges.
Le terroir, singulier, raconte à lui seul l’histoire géologique de la région qui confère aux vins une identité minérale unique. Cette richesse naturelle, le domaine la protège précieusement, comme en témoigne sa certification HVE3, reconnaissance d’un engagement envers la biodiversité et la réduction des intrants.
« Notre ambition est de restructurer le vignoble afin de renforcer sa résilience tout en retrouvant un équilibre économique solide », affirme Anne-Alice Serru, directrice de l’exploitation viticole. Dans sa voix résonne la détermination d’un domaine engagé depuis plus de 50 ans dans une démarche environnementale exigeante.
DiverViti II : la transition écologique comme horizon

Depuis plus d’une décennie, le domaine est un pilier du réseau DEPHY Ferme, laboratoire national de réduction des pesticides. Dans la continuité de cette dynamique, il accueille aujourd’hui le renouveau de la viticulture avec le programme DiverViti II, consacré à la diversification des systèmes viticoles — un défi majeur en cultures pérennes où la rotation est quasiment impossible.
Inventer et expérimenter une viticulture moins dépendante aux pesticides, plus riche en biodiversité et plus résiliente face au changement climatique tel est le défi que souhaite relever ce domaine.
Concrètement, DiverViti II explore plusieurs leviers :
- couverts végétaux permanents ou temporaires,
- diversification variétale,
- fractionnement des espaces viticoles,
- implantation de corridors écologiques,
- réduction du travail mécanique du sol,
- adaptation aux stress hydriques croissants,
- adaptation au démarrage végétatif précoce.
Une parcelle spécifique, coconstruite avec les élèves, est implantée. Elle est découpée en différentes zones :
- 0,30 ha de cépages Resdur, cultivars résistants aux maladies cryptogamiques (Floréal et Voltis)
- 0,30 ha de cépages VIFA (Variétés d’Intérêt à Fin d’Adaptation) : le Jacquère en provenance de La Savoie et le Sacy issu de la Bourgogne
- 0,30 ha de cépages endémiques (Chenin et Cabernet Sauvignon)
- Des trames vertes implantées intra parcellaires permettent de relier les infrastructures agro-écologiques déjà existantes :
- sous forme de haies ou d’arbres isolés
- sous forme de culture de plantes aromatiques (romarin et lavandin)
- 0,8 ha d’arbres truffiers (chênes, charmes) sur le bas de parcelle plus gélif.
Tout est pensé pour trouver de nouvelles sources de revenu tout en limitant l’impact de travail tout en limitant le travail supplémentaire pour les salariés du domaine.
Essai engrais verts : quand le sol devient acteur de la résilience

Au domaine des Millarges, les choix ont été faits avec les BTS Viticulture Œnologique. Les étudiants ont réalisé notamment la mise en place des différents essais d’engrais verts ainsi que leur suivi.
Dans les parcelles expérimentales, des bandes de mélanges à base de féverole, d’avoine, trèfles et lin mais aussi des bandes d’espèces locales coloreront les inter rangs. Ces couverts ne sont pas de simples décorations : ils structurent le sol, nourrissent la vie microbienne, limitent l’érosion et favorisent la régulation naturelle des bioagresseurs. « Le sol est un allié trop longtemps négligé. Avec DiverViti II, nous lui redonnons un rôle central », souligne Anne-Alice Serru. Elle rajoute « L’objectif est clair : réduire les traitements, renforcer la résilience hydrique favoriser la biodiversité et développer une viticulture moins dépendante des intrants extérieurs ».
Quand la parcelle de vigne devient une salle de classe
Au cœur du projet, un élément fait la particularité du domaine : l’implication directe des étudiants en BTS Viticulture–Œnologie, véritables piliers de l’expérimentation.
Sous la coordination de l’équipe pédagogique, les apprenants :
- définissent les protocoles,
- réalisent les notations agronomiques,
- collectent les données sur la vigueur, la biomasse, la floraison,
- analysent les résultats en cours d’année,
- et restituent leurs conclusions de manière pluridisciplinaire.
Agronomie, viticulture, biologie, mathématiques : toutes les disciplines convergent pour offrir une compréhension globale du système.
« Associer pédagogie et expérimentation a toujours été une priorité », rappelle Anne-Alice Serru « Le projet DiverViti est né de cette imbrication entre le projet Ecophyto, les besoins du domaine et une volonté commune avec Simon Rousseau enseignant en viticulture de former les étudiants aux enjeux réels de la transition agroécologique. »
Un vignoble laboratoire pour la viticulture de demain
Le domaine des Millarges incarne une vision : celle d’une viticulture qui ne veut plus subir les crises climatiques, économiques ou sociétales, mais y répondre par l’innovation, la science et le respect du vivant.
Avec DiverViti II, il devient un territoire d’expérimentation unique en France, où les solutions d’avenir sont testées en conditions réelles, avec les acteurs de demain :
- des pratiques agroécologiques avancées,
- une réduction mesurable des pesticides,
- une amélioration de la biodiversité,
- une pédagogie immersive,
- une dynamique de recherche appliquée.
Cette alchimie fait du domaine un modèle inspirant pour toute la filière viticole. Un vignoble qui, à l’heure des défis climatiques, ne se contente pas de résister :
il invente la résilience.



Contacts :
Sébastien Felici Directeur de l’EPLEFPA Tours Fondettes Agrocampus: sebastien.felici(at)educagri.fr
Sébastien Felici Directrice d’Exploitation Domaine des Millargues de l’EPLEFPA Tours Fondettes Agrocampus: anne-alice.serru(at)educagri.fr
Laurence Mariel chargée de mission ADT SRFD DRAFF Centre Val de Loire : laurence.mariel@agriculture.gouv.fr
Herve Longy, Marie Provost Animateurs Resothem de l'enseigement agricole et Laurence Mariel Chargée de mission ADT ADEI DRAAF Centre val de Loire