Dol-de-Bretagne : l’agroécologie comme fil conducteur de la formation et de la production
Au lycée agricole les Vergers de Dol-de-Bretagne, l’agroécologie s’incarne au quotidien sur l’exploitation agricole de l’établissement, véritable support pédagogique où les apprenants observent, expérimentent et analysent les transitions en cours dans le monde agricole. Entre autonomie alimentaire, valorisation de l’herbe, préservation de la biodiversité et adaptation au changement climatique, l’exploitation constitue un terrain d’apprentissage grandeur nature au service de la démarche Enseigner à Produire Autrement (EPA).
La ferme du petit gué au cœur du projet pédagogique

Avec ses 142 hectares de surface agricole utile, son troupeau d’environ 95 vaches laitières de race prim holstein, son activité de transformation laitière, son élevage de bufflone et son atelier porcin bio, l’exploitation du lycée constitue un outil pédagogique majeur pour les près de 800 apprenants accueillis par l’établissement.
Pour Cyrille Loiseau, référent enseigner à produire autrement, l’exploitation joue un rôle déterminant dans l’acquisition des compétences : « Notre public est majoritairement issu du monde agricole. L’enjeu est de faire découvrir aux apprenants d’autres systèmes de production et de les amener à réfléchir aux transitions agricoles. »
Des classes de 4e et 3e aux BTS, les apprenants sont confrontés à des situations concrètes qui leur permettent d’analyser les performances techniques, économiques, environnementales et sociales des systèmes agricoles.
L’herbe et le pâturage comme leviers d’autonomie

Depuis plusieurs années, l’équipe de l’exploitation conduit une réflexion sur l’autonomie alimentaire du troupeau laitier. L’un des principaux leviers repose sur une meilleure valorisation du pâturage et des ressources fourragères produites sur la ferme.
Avec une production annuelle, qui a doublé en 5 ans et qui se situe à ’environ un million de litres de lait, l’objectif est clair : donner à l’herbe une place centrale dans l’alimentation des animaux. Ainsi, depuis cinq ans, les vaches laitières pâturent de la mi-février à la mi-novembre, dès que les conditions de portance des sols le permettent. Pour optimiser cette ressource, un pâturage tournant est mis en œuvre sur une vingtaine d’hectares situés autour des bâtiments d’élevage. Cette organisation permet de disposer en permanence d’une herbe jeune et de qualité.
La mise en place de ce système a nécessité un important travail d’aménagement : redécoupage des parcelles, création de points d’abreuvement facilement accessibles et développement de zones ombragées. La replantation de haies contribue également à améliorer le confort des animaux tout en renforçant la biodiversité de l’exploitation.
Pour Alexandre Blay, responsable de l’exploitation : « Depuis plusieurs années, nous avons renforcé la place du pâturage dans notre système. L’herbe constitue une ressource stratégique et un levier majeur d’autonomie alimentaire. Parallèlement, nous travaillons avec une alimentation garantie sans OGM et nous avons développé les méteils ainsi que les associations de cultures afin de réduire encore davantage notre dépendance aux achats extérieurs. »
Le changement climatique conduit toutefois à adapter les pratiques. En période estivale, les surfaces pâturées jouent parfois davantage le rôle d’aires d’exercice que de véritables ressources alimentaires. Dans ce contexte, l’exploitation privilégie une ration distribuée à l’auge homogène tout au long de l’année, afin de limiter les transitions alimentaires et de sécuriser les performances du troupeau.
De plus, cette stratégie s’inscrit également dans une démarche globale de valorisation des productions. Environ 10 % du lait produit sur l’exploitation est transformé en yaourts et autres produits laitiers. Il était donc essentiel de pouvoir mettre en avant une alimentation sans OGM, fortement basée sur l’herbe, tout en s’engageant dans la certification Haute Valeur Environnementale (HVE niveau 3). Des atouts qui facilitent notamment l’accès aux marchés de la restauration collective et répondent aux attentes croissantes des consommateurs en matière de qualité et de durabilité.
Créer de la valeur localement

L’agroécologie se traduit également par une réflexion sur la valorisation des productions agricoles. Les porcs engraissés sous label Agriculture Biologique, tout comme la conduite d’un troupeau de bufflonnes allaitantes, en sont des illustrations concrètes.
Cette logique de création de valeur se prolonge à travers l’atelier de transformation du lycée, en activité depuis cinq ans. Celui-ci permet de valoriser près de 10 % de la production laitière de l’exploitation, soit environ 100 000 litres de lait par an.
Yaourts, desserts lactés et lait conditionné sont ainsi transformés et commercialisés localement, notamment auprès des acteurs de la restauration collective du territoire. Cette démarche offre aux apprenants une vision globale de la filière, leur permettant d’appréhender l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production agricole jusqu’au consommateur final.
Produire tout en préservant la biodiversité

L’exploitation dispose également d’un patrimoine naturel, qui constitue un véritable support pédagogique pour les apprenants. Avec près de 12 kilomètres de haies bocagères, des prairies permanentes, un verger pédagogique, des ruches et de nombreux espaces favorables à la biodiversité, le site offre des conditions idéales pour étudier les services rendus par les infrastructures agroécologiques et leur rôle dans le fonctionnement des agroécosystèmes.
Le club nature de l’établissement, associé à plusieurs programmes de suivi et d’observation de la biodiversité, participe activement à la sensibilisation des élèves aux enjeux environnementaux et à la préservation des milieux naturels.
Comme le souligne Alexandre Blay : « Les infrastructures agroécologiques constituent une véritable richesse pour l’exploitation. Les haies, les prairies ou encore les zones humides contribuent au bon fonctionnement du système de production et renforcent sa résilience face aux aléas. »
Par ailleurs, 30 hectares sont conduits en agriculture biologique. Ces surfaces, composées de cultures et de prairies, permettent notamment de justifier le lien au sol indispensable à l’élevage biologique des porcins. Les effluents issus de l’atelier porcin sont ainsi valorisés sur ces parcelles, inscrivant l’exploitation dans une logique de recyclage des nutriments et de bouclage des cycles.
L’un des ateliers les plus originaux de l’exploitation est sans doute le troupeau d’une dizaine de bufflonnes allaitantes. Ces animaux valorisent efficacement des parcelles éloignées et humides, peu adaptées à d’autres productions. Les veaux issus du troupeau permettent également de diversifier l’offre proposée aux particuliers, avec la commercialisation de caissettes de viande, tout en participant à l’entretien et à la valorisation de ces espaces naturels.
Produire autrement pour mieux enseigner

Au lycée agricole de Dol-de-Bretagne, la transition agroécologique constitue l’un des piliers du projet d’établissement. Véritable support pédagogique, l’exploitation agricole occupe une place centrale dans la formation des apprenants. Les données techniques, économiques et environnementales qu’elle génère sont régulièrement mobilisées dans les enseignements afin de renforcer le lien entre les connaissances théoriques et les réalités du terrain.
Cette articulation étroite entre production et formation permet aux élèves de se confronter concrètement aux enjeux de l’agriculture contemporaine. Au-delà des cours, ils participent activement à la vie de l’exploitation à travers leurs stages et périodes de mise en situation professionnelle. En période scolaire, un binôme d’élèves est ainsi présent chaque week-end pour contribuer au suivi des ateliers. Cette immersion favorise l’acquisition de compétences techniques tout en développant leur capacité d’analyse des pratiques mises en œuvre, de leurs résultats et des adaptations nécessaires pour répondre aux défis de l’agriculture de demain.
Comme le souligne Cyrille Loiseau : « À Dol-de-Bretagne, la démarche “Enseigner à Produire Autrement” se traduit avant tout par des projets concrets conduits avec les professionnels du territoire, autour de thématiques telles que la biodiversité, l’autonomie des exploitations ou encore l’adaptation au changement climatique. »
Cette volonté de relier enseignement, expérimentation et ancrage territorial se retrouve notamment au travers du projet CliMarais. Dans ce cadre, des élèves ont été associés à une enquête auprès des agriculteurs du territoire afin d’analyser l’évolution des pratiques agricoles face aux changements climatiques. Une expérience formatrice qui leur permet de mieux comprendre les enjeux de transition auxquels sont confrontées les exploitations et d’appréhender leur futur métier dans toute sa complexité.
Une exploitation ouverte sur l’innovation et les partenariats
L’exploitation est fortement impliquée dans des projets menés avec les acteurs agricoles du territoire, notamment au travers de partenariats tels que CliMarais Dol. Elle participe régulièrement à des actions d’expérimentation portant sur les couverts végétaux, le désherbage mécanique, l’autonomie des exploitations ou encore l’adaptation au changement climatique. Ces collaborations favorisent le transfert de connaissances entre le monde professionnel, la recherche et l’enseignement agricole.
« Les projets menés avec les professionnels du territoire sont essentiels. Ils permettent aux élèves d’être confrontés à des situations réelles et de développer leur capacité d’analyse », rappelle Cyrille Loiseau. Pour lui, « Enseigner à Produire Autrement, ce n’est pas opposer les modèles agricoles. C’est donner aux jeunes les clés pour comprendre les enjeux, analyser différents systèmes et construire des solutions adaptées aux défis du changement climatique et de la souveraineté alimentaire. »
Pour en savoir plus:
Raphael Gouablin, Directeur du lycée des Vergers, raphael.gouablin(at)cneap.fr
Cyrille Loiseau , Enseignant et référent EPA2, cyrille.loiseau(at)cneap.fr
Alexandre Leblay, Responsable de l'exploitation du Petit Gué, alexandre.leblay(at)cneap.fr
Emmanuelle Zanchi , chargée de mission ADT ADEI en région Bretagne emmanelle.zanchi@agriculture.gouv.fr
Octobre 2026 – Hervé Longy animateur Reso’them de l’enseignement agricole