Renaître par le vivant : l'exploitation horticole et maraîchère de Valdoie-formation tourne la page et cultive son avenir.
À Valdoie, dans le Territoire de Belfort, l'exploitation horticole et maraîchère de l'Etablissement public local (EPL) « Valdoie-Formation » vient de vivre une année charnière. Après quinze années de somnolence, une équipe ressoudée autour d'une nouvelle directrice, Nathalie Malotet, a entrepris de redresser un outil de production dégradé et de lui rendre sa raison d'être première : être le cœur battant de la pédagogie. Chiffre d'affaires en hausse, rénovation des abris, projet d'autonomie en eau, ateliers ouverts au territoire : voici l'histoire d'une renaissance, plant par plant.

Une exploitation d'école, mais une vraie entreprise
L'exploitation horticole et maraîchère de l'EPL de Valdoie s'étend sur environ 7 000 m² de surface cultivable, associant une serre en verre, des tunnels et trois grands abris froids. Deux filières s'y côtoient : la production horticole ornementale — plantes à massif printanières, plantes annuelles, et la culture emblématique d'environ 800 potées de chrysanthèmes — et une filière maraîchère avec ses productions de légumes notamment créée en 2015, conduite en agriculture biologique depuis son origine, avec des planches permanentes sous tunnels. Un magasin de 200 m², construit en 2015 et rattaché à l'exploitation depuis 2021, écoule toute la production et complète son offre par de l'achat-revente et du dépôt-vente avec une vingtaine de producteurs locaux. Ce n'est pas un simple support de cours, précise Nathalie Malotet, directrice de l’exploitation : « c'est une entreprise à part entière, avec ses salariés, son plan de production, ses bilans et un chiffre d'affaires visé entre 450 000 et 500 000 euros cette année, en nette progression par rapport à l'exercice précédent ».
Pourquoi un tel sursaut ? Un outil figé dans le passé.

Quand Nathalie Malotet prend ses fonctions de directrice de l’exploitation à la fin janvier 2026 — après une carrière commencée au CFA de Valdoie en 1991, dix-huit ans d'enseignement, un poste de proviseure adjointe à Besançon, la responsabilité de sites à Plombières-Les-Dijon puis la direction des examens MIREX Sud-Est — elle retrouve une exploitation qui précise-t-elle « n'a pas bougé depuis quinze ans » : matériels, équipements et abris sans entretien, lien avec la profession distendu. Le diagnostic est sans appel, et le contexte national n'arrange rien : dénigrement des métiers manuels, rétention des élèves par l'éducation nationale, orientation massive vers le bac général. Les effectifs des formations horticoles ont fondu — le bac pro conduite de productions horticoles du CFA (Centre de formation d’apprentis) est en dormance, faute d'apprentis — et le BTS technico-commercial a perdu la moitié de ses effectifs au plan national en cinq ans, faute de parcours post-bac identifiés. « Réagir n'était plus une option : c'était une condition de survie », déclare Nathalie.
Remettre l'outil en état et le mettre au service des apprenants.
Le chantier commence par la matière elle-même. En 2026, les devis sont signés et les bons de commande lancés : rénovation des abris froids, remise en état des ombrages de la serre-verre, graissage et entretien du matériel — « tout doit être bouclé avant le 31 décembre » s’exclame Nathalie. En parallèle, la canicule de l'été a joué le rôle d'électrochoc : raccordée au réseau d'eau potable urbain, l'exploitation a perdu ses cultures extérieures, faute d'arrosage localisé, dès les arrêtés préfectoraux du 17 juillet. La réponse est immédiate : « 2027 sera l'année de l'irrigation localisée sur pratiquement toutes les parcelles maraîchères, puis de l'autonomie en eau, avec un projet de cuve de récupération des eaux pluviales d'environ 120 m³ » annonce Nathalie, alimentée notamment par le bassin situé derrière le hangar photovoltaïque régional (puissance minimale : 125 kWc - Kilowatt-crête), en collaboration avec la chambre d'agriculture. Côté magasin, Mathieu Piredda — embauché en décembre 2025, ancien apprenti de l'établissement passé par la jardinerie et la grande distribution — a restructuré la gestion des stocks, créé des rayons, familles et arborescence dans le logiciel de caisse : « nous avons explosé les chiffres cette année », résume-t-il, avec l'ambition d'un effet boule de neige.



Une équipe resserrée et une chaîne humaine exemplaire.

L'exploitation mobilise seulement 4,8 ETP : Solange et Audrey, vendeuses à temps plein au magasin ; Mathieu, responsable du hall de vente ; Laurence, horticultrice présente depuis plus de trente ans ; et Xavier Munch, ouvrier maraîcher — ancien boulanger reconverti via le CAPA production horticole puis le BPREA de l'établissement, qui pilote cultures, planification et l'atelier de vente de plants (environ 20 000 plants et 23 000 euros de chiffre d'affaires au printemps).
Mais la vraie force, c'est la « EPL attitude » chère à Gilles Cadieu, directeur de l'établissement : « un esprit d'équipe qui efface les frontières entre lycée avec tous ses acteurs, CFA, CFPPA et exploitation horticole et maraîchère », ajoute Gilles. Les apprenants sont partout : une quinzaine d'élèves en CAPA productions horticoles, douze apprentis du BTS technico-commercial « univers jardin et animaux de compagnie », les adultes du CAPa MA et du Brevet Pro REA maraîchage. Ces derniers coconstruisent le plan de production 2027 avec l'équipe, encadrés par un formateur lui-même maraîcher en double activité — et ancien élève. Les BTS viennent plusieurs fois par an mettre en scène le magasin : marché aux plantes, podiums Octobre Rose, événements de la Toussaint, du printemps, de la Saint-Valentin.

Quel avenir : devenir un laboratoire territorial de la transition écologique.
La trajectoire est claire : refaire de l'exploitation un outil performant, atteindre 500 000 — voire 550 000 euros — de chiffre d'affaires pour préserver l'emploi, amplifier la production de plantes vivaces et renouveler une clientèle vieillissante en attirant les jeunes générations. Pour cela, l'exploitation s'ouvre : ateliers thématiques pour le public — plantes médicinales, couronnes de l'Avent à Noël, visites de printemps avec conseils sur le paillage et l'irrigation raisonnée...
Les certifications Plante Bleue et Fleurs de France, obtenues en 2020-2021, le maraîchage bio avec son agriculture biologique et le label EcoJardin sur la partie paysage arriment l'établissement aux préoccupations climatiques. La biennale Réso'them-Hortipaysages 2027 avec les opportunités d’échanges aux contacts des partenaires de la recherche et de,l’innovation servira de tremplin pour fédérer les équipes puis vulgariser ces démarches et développer les collaborations avec les divers acteurs du territoire ; faire émerger et nourrir de nouveaux projets d’expérimentation et de démonstration notamment, en appui à la pédagogie. En amont, l'établissement veut aussi peser sur le débat national : mieux faire connaître les passerelles entre voies de formation, construire les parcours post-BTS que les familles attendent, et plaider — au moment où les horticulteurs ne trouvent pas de repreneurs — pour la valorisation des métiers manuels et du vivant.
Pour conclure...
De Valdoie rayonne désormais une idée simple : une école qui produit, qui vend et qui forme au réel n'est pas une contradiction, mais une chance. Boulanger devenu maraîcher, vendeur devenu formateur, apprentis devenus responsables : l'établissement cultive ses propres relèves. Si l'EPL de Valdoie réussit son pari — un outil modernisé, autonome en eau, ouvert sur son territoire —, il montrera qu'enseignement agricole rime aussi avec transition écologique, emploi local et transmission. Et c'est peut-être là, entre deux planches de maraîchage bio et une couronne de l'Avent, que se préparera une partie de demain.
Contacts utiles.
Gilles Cadieu, Directeur Etablissement de Valdoie – gilles.cadieu(at)educagri.fr
Nathalie Malotet, Directrice de l’exploitation – nathalie.malotet(at)educagri.fr
Baptiste Ramillon, chargée de mission ADT – DRAAF SRFD Région BFC – baptiste.ramillon(at)educagri.fr
Novembre 2026 - Régis Triollet, animateur Résothem de l'enseignement agricole