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Projet Poulettes bio : aux Sicaudières, un projet au service des éleveurs mais aussi de la formation

Comment produire des poulettes bio adaptées aux petites exploitations de poules pondeuses ? C'est à cette question que répond le projet CASDAR POULETTE, porté par l'ITAB et ses partenaires. Parmi les acteurs engagés dans cette démarche figure l'exploitation agricole du campus des Sicaudières, à Bressuire (Deux-Sèvres)

 

Sur cette exploitation orientée vers l'élevage bovin viande, ovin viande et la volaille biologique, un atelier spécifique de production de poulettes prêtes à pondre a été créé dans le cadre du projet. « Nous avons mis en place un petit bâtiment de 30 m² pour la production de poulettes prêtes à pondre », explique Nicolas Boissinot directeur de l'exploitation du campus des Sicaudières. 

Répondre à une évolution réglementaire et aux besoins du terrain

Le projet est né dans un contexte marqué par l'évolution de la réglementation du cahier des charges AB qui oblige désormais que les poulettes soient élevées en bio dès leur deuxième jour de vie. 

« De plus les éleveurs bio avaient un souci, c'est-à-dire qu'ils ne pouvaient plus acheter des poulettes dans des élevages plutôt industriels sans rencontrer des difficultés d'adaptation dans leurs petits élevages de 200 à 300 poulettes », renchérit Nicolas Boissinot

L'ambition du projet CASDAR Poulettes Bio est donc d'identifier et de formaliser des modes de production adaptés aux petites structures, en tenant compte de la diversité des pratiques existantes. Parrallelement, l’INRAE du Magneraud travaille également sur un dispositif similaire pour des élevages de plus grande taille.

Une forte dimension pédagogique

Aux Sicaudières, le projet comporte un important volet pédagogique avec deux actions : 

La première est une phase d’enquête.  Des apprentis en certificat de spécialisation volailles ont participé à des enquêtes auprès d'éleveurs afin de mieux appréhender les différents itinéraires de production. « Cela a permis de mettre en évidence toute la diversité des itinéraires de production des poulettes », explique Nicolas Boissinot. Ces travaux ont contribué à l'élaboration de fiches techniques décrivant différents modes de conduite des élevages.

La deuxième phase est le suivi d’un essai de bande de poulette. Les apprenants du certificat de spécialisation « conduite d’un élevage avicole et commercialisation »  ont également participé directement à la mise en œuvre d’un bâtiment utilisé pour la démonstration

Créer un élevage pilote à taille humaine

En plus de l'enquête, les Sicaudières ont choisi de mettre en œuvre concrètement les enseignements du projet en créant un atelier expérimental de production de poulettes biologiques. Un bâtiment mobile de 30 m² a été installé au printemps 2026. Son originalité réside dans sa conception volontairement proche des conditions rencontrées dans les petites exploitations de production d'œufs biologiques : équipements simples, gestion manuelle de l'alimentation et de l’ambiance, avec une conduite favorisant l'adaptation future des animaux à leur environnement d'accueil. 

 Le bâtiment a été mis à disposition par l'entreprise Dugué et monté en grande partie par les apprentis du centre de formation, avec l'appui du « club ferme » de l'établissement. Implanté sur un parcours arboré de près de 2 000 m², supérieur aux exigences réglementaires, l'atelier accueille des lots d'environ 300 poulettes élevées sur litière paillée et bénéficiant d'un accès progressif au plein air à partir de 10 à 11 semaines d'âge. 

Produire et suivre les performances

L'expérimentation repose sur un suivi technique précis permettant d'évaluer la pertinence de ce mode d'élevage. Plusieurs indicateurs sont observés tout au long du cycle de production : taux de mortalité, évolution du poids des animaux, indice de consommation et conditions d'élevage. Les poussins utilisés sont des poulettes Warren, une souche reconnue pour sa rusticité. Ils proviennent d'un couvoir situé à plus de trois heures des Sicaudières. Vaccinées dès leur arrivée et bénéficiant d'un ébecquage au laser, ces jeunes volailles représentent un investissement conséquent, avec un coût d'achat d'environ 4 € par poussin. 

Le suivi de la croissance constitue un point de vigilance majeur. « Tous les quinze jours il faut peser. C'est ça qui est le plus important. Il faut qu'elles arrivent à 1,5 kg à 18 semaines », rappelle Nicolas Boissinot.

La première bande, démarrée en mars 2026, a été livrée après 19 semaines d'élevage. Sur les 300 poulettes introduites, 253 ont finalement été commercialisées. Ce résultat s'explique notamment par une mortalité observée au démarrage, liée selon Nicolas Boissinot à des difficultés d'ambiance dans le bâtiment ainsi qu'à des phénomènes de prédation par les buses lors des sorties sur parcours. Malgré ces pertes, la vente des poulettes à 12,50 € l'unité permet de maintenir un équilibre économique positif de l'atelier.

Au-delà de la phase d'élevage, le travail se poursuit chez les producteurs partenaires. Les lots sont suivis dans les exploitations de destination afin d'évaluer leurs performances de ponte au cours de leur carrière et de les comparer à celles de poulettes issues de systèmes d'élevage plus intensifs.

Un outil de formation avant tout

Si cet atelier génère une activité économique, sa vocation demeure avant tout pédagogique. Les apprenants sont pleinement associés au suivi des animaux, à la conduite du bâtiment ainsi qu’à la réflexion sur les aménagements nécessaires pour garantir un haut niveau de biosécurité.

Pour Nicolas Boissinot, l’intérêt du dispositif réside principalement dans sa vertu pédagogique : « Il s’agit d’un atelier pédagogique particulièrement intéressant, qui mobilise peu de temps de travail salarié. » Il souligne également le lien singulier qui se crée entre les jeunes volailles et les éleveurs. Les poulettes s’habituent très rapidement à la présence humaine et développent une forme d’imprégnation qui rend cet élevage particulièrement attractif et enrichissant sur le plan pédagogique.

Le directeur d’exploitation met aussi en avant la richesse des partenariats noués dans le cadre du projet. Celui-ci permet aux établissements agricoles de collaborer avec des acteurs majeurs de la filière et de la recherche, tout en contribuant à la production de références techniques nouvelles.

Au-delà des résultats techniques obtenus, cette démarche illustre pleinement le rôle des exploitations agricoles des établissements d’enseignement comme lieux d’expérimentation, d’innovation, de démonstration et de formation, au service des transitions agroécologiques et du développement de l’agriculture biologique.

Octobre 2026- Hervé Longy animateur Réso'them de l'enseignement agricole