Les haies bocagères : un sujet dynamique et fédérateur en Normandie.
La présence de linéaires de haies est un point commun à bon nombre d’exploitations agricoles des EPLEFPA normands. Ainsi, sous l’impulsion des dispositifs nationaux et d’une animation régionale, des actions concrètes et de la montée en compétences des acteurs s’opèrent. Exemples aux lycées agricoles de Sées et du Robillard.
Le 8 avril dernier à Sées (Orne), s’est tenue la journée normande CAP’Haies, projet piloté par la Bergerie nationale, le Réseau Haies France et Réso’them. Cet événement régional a réuni un large panel d’acteurs de la haie agricole, de la formation et du développement territorial, autour d’un objectif partagé : renforcer la place de la haie au cœur des systèmes agricoles et des parcours de formation, dans un contexte de transition agroécologique.
La journée a été marquée par une forte mobilisation des apprenants de l'établissement d'accueil, et équipes pédagogiques de l’ensemble des lycées agricoles publics de Normandie, confirmant leur engagement dans la mise en œuvre des politiques publiques en faveur de la biodiversité, du climat et de la durabilité des territoires ruraux.
Des enjeux techniques, pédagogiques et territoriaux
Accueillis sur l’exploitation du lycée agricole, les participants ont pris part à une matinée de terrain consacrée à la gestion durable des haies. En partenariat avec la CUMA Innov 61, 280m de haies de 15 ans ont été broyés pour une production de plaquettes. Cette démonstration a été succédée par des présentations du Plan de Gestion Durable des Haies (PGDH) et de la démarche Label Haie, outils structurants pour accompagner les exploitations agricoles et les établissements de formation.
Les temps d’échanges de la mi-journée ont permis d’aborder les métiers de la haie, les démarches collectives, la biodiversité associée aux haies, les techniques de taille et les outils pédagogiques numériques. Les étudiants de BTS Gestion et Protection de la Nature (GPN) ont été pleinement impliqués dans l’animation des ateliers, illustrant la complémentarité entre formation théorique et mises en situation concrètes.
L’après-midi, les travaux en salle ont porté sur la formation à la gestion durable des haies dans les établissements de l’enseignement agricole normand, sur les ressources pédagogiques disponibles à l’échelle régionale et sur la mise en œuvre du Pacte en faveur de la haie en Normandie.
À travers cette journée normande, le programme proposé par CAP’ Haies confirme son rôle de levier structurant pour la montée en compétences des établissements de formation agricole en favorisant la mise en réseau des acteurs, le partage d’expériences et l’appropriation d’outils communs.
La mobilisation de l’ensemble des lycées agricoles publics de Normandie illustre leur capacité à accompagner les politiques publiques relatives à la haie, en formant les futurs professionnels à des pratiques conciliant performance agricole, préservation de la biodiversité, adaptation au changement climatique et valorisation des ressources locales.


A Sées, un engagement historique et structurant

La journée a également été l’occasion d’une rencontre avec Christophe Bruvier, directeur d’exploitation du lycée agricole de Sées, qui a rappelé l’importance des arbres dans le parcellaire de la ferme et l’engagement de longue date de l’établissement.
L’exploitation pédagogique du lycée est orientée vers la production laitière, en articulation étroite avec les formations GPN. Le travail sur les haies y est engagé depuis plus de vingt ans, avec une première plantation dès 1999, faisant du lycée un établissement pionnier en la matière.
Aujourd’hui, l’exploitation couvre 106 hectares, avec un troupeau de 85 vaches laitières, dont 75 % de race normande, (conformément au cahier des charges AOP Camembert, bien que pour le moment la ferme ne soit pas dans la zone d’appellation.). La surface comprend également 6 hectares de pommiers conduits en agriculture biologique, et 4 hectares dédiés au centre équestre attenant.
Avec l’appui du CIVAM, un projet global a permis de définir les priorités d’intervention à l’échelle de l’exploitation, et notamment d’accentuer le pâturage des animaux.
Un Plan de Gestion Durable des Haies (PGDH) a été élaboré par un enseignant de GPN du lycée, structurant l’entretien et la valorisation du bocage. Environ 280m linéaires de haies sont annuellement valorisés, permettant la production d’environ 90m³ de plaquettes bocagères, principalement destinées au chauffage et à la production d’eau chaude du bâtiment de l’exploitation agricole. Dans un contexte de hausse des coûts des intrants, notamment de la paille, des réflexions sont également menées sur leur utilisation en paillage.
Au Robillard, intégrer la haie dans un système de production cohérent

D’autres initiatives sont remarquables, comme celle de l’exploitation du lycée agricole du Robillard dont le fonctionnement illustre une approche intégrée de la haie au sein du système agricole. L’exploitation associe production laitière avec une transformation locale du lait en fromages AOP (Pont-l’Évêque et Livarot) via une laiterie de proximité regroupant huit adhérents, ainsi qu’une production de jus de pommes et de cidre à partir de 7,5 hectares de vergers.
Le système repose sur 150 hectares de surface agricole utile, dont 60 hectares d’herbe. En outre, la moitié des prairies est accessible directement au pâturage. Les vaches disposent en permanence d’un accès aux bâtiments afin de consommer du foin, dans un système reposant sur le 100 % foin, avec deux saisons de vêlages.
L’exploitation se caractérise également par une volonté affirmée de redécouper le parcellaire afin de renforcer le maillage bocager, par la plantation de nouvelles haies. Dans ce cadre-là et en allant chercher des financements via le Pacte en faveur de la haie, un grand chantier de plantation a eu lieu en février 2026. C’est en effet 1600m de linéaire qui a pu être planté, judicieusement de façon à redécouper des parcelles de pâturage pour les vaches laitières. A plus long terme, c’est aussi l’ombre que pourra apporter cette haie ainsi que le potentiel fourrager des arbres qui sont attendus. Cette nouvelle haie se compose d’espèces arbustives ainsi que de hauts jets tous les 8m. Le fusain d’Europe, le noisetier, l’érable champêtre, le sorbier des oiseaux, le cornouiller, le poirier sauvage…ne sont que des exemples de la diversité des espèces plantées. D’après Camille Lesoudard, directrice de l’exploitation agricole du Robillard, cette action s’est réalisée grâce à l’implication d’enseignants et formateurs et des apprenants qui se sont mobilisés pour la plantation. Des professionnels ont aussi été sollicités pour des conseils techniques, et ce chantier est un bel exemple de mobilisation collective à l’échelle de l’établissement.
L’exploitation agricole est par ailleurs bordée d’arbres remarquables, notamment des chênes têtards, éléments patrimoniaux emblématiques du paysage normand.
La bonne structuration du réseau régional de l’enseignement agricole a permis de répondre en collectif à cet appel à manifestation d’intérêt pour organiser une première journée régionale CAP’Haies. La seconde est programmée pour fin 2026 début 2027 et devrait être accueillie par Coutances.
L’arbre et la haie sont bien des alliés pour les transitions et peuvent fédérer les énergies.
Pour en savoir plus:
Se tenir informé du projet CAP’Haies et des prochaines journées régionales à venir
Les travaux sur les haies / l’agroforesterie du réseau normand des référents EPA de l’enseignement agricole
En savoir + sur Sées avec une Vidéo Story d’exploitation en 2022 (les haies et la chaudière sont présentées dans les actions d’atténuation et d’adaptation de la ferme)
Mai 2026 - Pauline Bellay et Hervé Longy, animateurs Réso’them de l'enseignement agricole