Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Nîmes : L’Outarde canepetière et les cépages résistent

Janvier 2020 : Dominique Dalbin et Françoise Degache, animateurs Reso’them de l’enseignement agricole

Le domaine de Donadille, centre constitutif de l’établissement de Nimes Rodilhan, sur les Costières de Nîmes est occupé par de la vigne, des oliviers, des amandiers et de la luzerne. Des pratiques d’agriculture biologique, certifiées AB ou non, sont en jeu pour des productions majoritairement en Indication géographique protégée (IGP) et pour la protection d’une espèce : l’outarde canepetière.


Le choix de l’irrigation, une problématique forte sur le domaine

Francesco Picasso, directeur de l’exploitation depuis le 1eroctobre 2018, présente les différentes productions du domaine, qui s’étend sur 60 hectares, et signale que « certaines ont plusieurs signes de qualité » :

  • 32 ha de vignoble pour une gamme de vins en IGP Pont du Gardet Appellation d’origine protégée (AOP) Costières de Nîmes (à retrouver sur le site internet du domaine) dont une parcelle de 1,7 ha en AB pour des cépages résistants à l’oïdium et au mildiou,
  • 2, 7 ha d’oliviers en AB, variété Picholine, transformé en huile d’olive, AOP Huile de Nîmes,
  • 17 ha de luzernes dont une parcelle avec des amandiers (non traités).
     

Par ailleurs, une parcelle est mise à disposition du CFPPA pour du maraichage.

 

Les oliviers et quelques parcelles de vigne sont irriguées, mais il faudrait d’agrandir ce réseau de goutte à goutte car « Vu le changement climatique et les sécheresses qui s’accumulent, on a besoin d’irriguer la vigne pour que les feuilles protègent les raisins…et pour pouvoir enherber entre les rangs», sans oublier bien sûr l’irrigation nécessaire pour la reprise des plantiers (les jeunes plants).

Pour cela, deux ressources en eau sont disponibles sur le site : le réseau du Bas-Rhône géré par BRL et une nappe phréatique, utilisable par une station de pompage (existante). L’idée serait de mettre en place un réseau d’électrovannes et de goutte-à-goutte commandé à distance et centralisé. Il s’agirait donc de faire travailler ensemble les BTS GEMEAU, les formations viticulture-œnologie et les formations aménagements paysagers (dont un certificat de spécialisation « arrosage ») pour étudier les meilleures solutions et suivre ensuite les installations et utilisations de ces deux ressources. « La question agronomique, hydraulique et économique serait alors au centre de la pédagogie » précise Francesco. De plus, les BTS GEMEAU travaillent sur deux autres projets dans le cadre de leur formation : la mise en place d’un traitement des effluents de la cave et la rénovation de l’aire de lavage et de remplissage des pulvérisateurs.

 

Sur l’ensemble du domaine, une convention avec un berger voisin permet le pâturage d’un troupeau de moutons pendant l’hiver, pour réguler l’enherbement en diminuant les passages du désherbage mécanique (qui tasse les sols et utilise main d’œuvre et carburant) : une tradition remise au goût du jour !  De plus, des haies diversifiées sont  à envisager pour protéger les habitations voisines car seule la ripisylve du Buffalon, ruisseau réaménagé il y a quelques années par les BTSA GEMEAU (cf. fiche-action), favorise la biodiversité sur le domaine.

 

Des cépages résistants pour réduire les intrants et impliquer les formations

Deux cépages résistants sont cultivés en AB : le Vidoc (issus de travaux de l’INRA) pour du vin rouge et le Soreli pour du blanc. Ces cépages, permettent de réduire l’utilisation de produits de traitement à base de soufre et à base de cuivre, puisqu’ils sont résistants à l’oïdium et au mildiou. Comme pour l’ensemble du vignoble, ils reçoivent une fertilisation organique autorisé en AB. Francesco Picasso se pose aussi la question de la résistance à la sécheresse : « si des cépages résistants aux fortes températures ne sont pas possibles, il faudrait rechecher des solutions de protection mécanique comme des ombrières » . Par contre, contrairement aux autres parcelles du vignoble vendangées à la machine, le Vidoc a été vendangé manuellement pour améliorer la qualité de la vendange. Les étudiants en licence professionnelle œnotourisme  ont participé à sa une vinification par macération carbonique pour une cuvée Vidoc 2019 certifiée AB en IGP Coteaux du Pont du Gard.

Pour l’ensemble du vignoble, Francesco Picasso insiste sur la problématique de la gestion des sols : « Depuis 2018, nous cherchons à tendre vers le zéro herbicide, avec l’arrêt du glyphosate, mais l’augmentation des passages entre les rangs va entrainer des tassements du sol ». Il est donc urgent de pouvoir enherber soit par la flore spontanée, soit avec des plantes testées par le partenaire voisin du site : l’Institut Français de la vigne et du vin.  Le broyage de l’herbe et des sarments participe à la fertilisation organique et la plupart des traitements sont effectués avec des produits autorisés en bio (sauf contre la flavescence dorée car « le produit bio est cher et non spécifique »).

La certification HVE niveau 3 pourrait être demandée, mais « ce n’est pas valorisable commercialement comme l’AB ».

 

La Picholine fournit une huile d’olive de Nîmes AOP

La Picholine, variété d’olives originaire du Gard, est produite sur le verger enherbé, irrigué et conduit en AB depuis 2003. Les arbres taillés pour faciliter une récolte manuelle reçoivent seulement des traitements au cuivre pour lutter contre les maladies cryptogamiques et de l’argile, barrière mécanique contre la ponte des mouches de l’olive. « N'ayant pas de moulin sur le domaine, nous amenons nos olives au moulin des Costières où nos olives sont pressées et mises en bouteille », pour une production labellisée AOP huile d’olives de Nîmes.

 

Outarde canepetière : une espèce locale à protéger !

Les costières de Nîmes sont naturellement des terrains steppiques avec un sol riche en galets roulés recouvert de prairies pérennes. Grâce à un plan d’action national, l’Outarde canepetière menacée par la disparition de son habitat, permet au domaine de bénéficier de mesures compensatoires. Les actions de conservation de ce plan visent entre autres à « renforcer la contractualisation des mesures de gestion des habitats avec les agriculteurs et les autres acteurs concernés ». C’est donc dans ce cadre que le domaine cultive les 17 ha de luzernes qui seront remplacés en 2020 par du sainfoin puis par la suite, par un mélange graminées/trèfle. La gestion des parcelles en zones refuges est faite pour permettre la ponte des femelles dans une végétation haute de 20 à 30 cm sur un tiers des surfaces alors que les deux autres tiers sont fauchés pour favoriser l’accueil des mâles. La production est destinée à des élevages voisins : chevaux, moutons et bovins. Les parcelles sont régies par des contrats de cinq ans, en partenariat avec le Conservatoire des Espaces Naturels et le centre ornithologique du Gard.

 

Alors que Francesco contrôle la purge du filtre de la station de pompage, des élèves de seconde font un TP de rinçage des cuves dans le chai, des élèves de Terminale S suivent un cours sur le biocontrôle …sur une parcelle de vigne et une stagiaire en licence pro ABCD détermine les indicateurs de biodiversité sur les parcelles de l’exploitation : pas de doute, ici on joue la carte de la pédagogie active avec l’exploitation comme support…

Les 3 questions de fin

- De quoi êtes-vous le plus fier ?« D’avoir réussi le concours et d’être titularisé ! »
- S’il fallait améliorer quelque chose ? « Continuer la mise en œuvre de mesures agro-écologiques sur le domaine et augmenter les surfaces irriguées »
- Un conseil à donner à un éventuel successeur ? « Avoir une stratégie d’établissement et y inscrire le projet d’exploitation »

Chiffres de l’exploitation et expérimentation avec l’IFV:

SAU : 60 ha dont 5 ha certifiés en AB

ETP : 3 (1 en cave, 1 en viticulture, 1 tractoriste) et des saisonniers

Vinification : cave coopérative « vignerons de Marguerittes » pour 23 ha et vinification sur place avec caveau de vente pour 7 ha

Commercialisation :  caveau, évènements, mairie et GMS (4 locaux)

Rucher : 50 ruches fixes et une miellerie pour du miel vendu au caveau

Chiffre d’affaires : 230 600€ en 2018

Expérimentations : essais anti-mildiou, anti-oïdium, enherbement, désherbage, vinification, candidat pour 3ème génération de cépages résistants, essai d’assemblage des cépages résistants avec d’autres cépages


Contacts utiles/en savoir plus

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP