Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

L’enseignement agricole engagé dans le recyclage des déchets d’exploitations

 

Avril 2020, Dominique Dalbin, Françoise Degache, Claire Durox, animateurs Réso’them de l’enseignement agricole

 

 

Emballages, ficelles, bâches, équipements de protection individuelle, bidons de produits et autres plastiques… une trentaine d’établissements d’enseignement agricole ont d’ores et déjà mis en place sur leur exploitation des parcours pédagogiques « je trie des déchets : moi je recycle ! ». D’autres participent simplement à des collectes sur leur territoire. Une démarche maintenant renforcée avec l’accord-cadre 2018-2021 entre le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation et l’organisme A.D.I.VALOR (Agriculteurs, Distributeurs, Industriels pour la valorisation des déchets agricoles). Interviews croisées de cinq directeurs d’exploitation d’établissement de formation…

Quel partenariat pour le parcours de tri ?

 

Adrien Raballand (La Côte St André, Isère) : début 2017 j’ai rencontré la responsable A.D.I.VALOR du secteur à une journée de collecte à la chambre d’agriculture. Après deux rendez-vous, on a mis en place le parcours de tri dès juillet, on était pionniers ici…

 

Joris Erzen (ALPA-IS4A Haroue, Meurthe-et-Moselle) : il y a quatre-cinq ans, A.D.I.VALOR cherchait des partenariats en formation ; la chambre d’agriculture a fait l’intermédiaire et on a ainsi créé une zone sous un appentis dès le début.

 

Isabelle Pèlegrin (Carpentras, Vaucluse) : c’est une rencontre lors du forum des exploitations des lycées agricoles organisé par la DRAAF PACA en 2017 qui a tout déclenché.

 

Gérald Roseau (Rambouillet, Yvelines) : depuis déjà 5 ans, le SICTOM (syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères) nous   demandait de  trier les plastiques agricoles à part ; on stockait donc, mais sans la filière aval. On a découvert ADIVALOR sur un salon. J’ai pris contact et le responsable de secteur a mis les supports à disposition, puis avec l’équipe de la ferme on a organisé la pose. La première collecte s’est effectuée début 2019 avec trois ans de stock.

 

Qu’est-ce qui marche bien ?

 

Adrien Raballand : les sacs fournis, blancs ou jaunes, sont costauds et placés aux endroits où les déchets sont produits : ça tient depuis 2 ans ! Le tri (bâches, ficelles, filets, …) n’était pas aussi fonctionnel avant. Les publics adultes ou les visiteurs de la coopérative d’insémination disent : “ça fait propre !” …et ça donne des idées pour bricoler soi-même car certains supports de sacs sont faciles à faire. Par ailleurs, la traçabilité du nombre de sacs avec carnet à souche et bordereaux aide bien pour la conditionnalité PAC.

 

Aurélien Jeanleboeuf (Radinghem, Pas-de-Calais) : les enseignants sensibilisent bien les jeunes. Les agriculteurs aussi, ils disent : “Ah tiens, vous aussi vous travaillez avec A.D.I.VALOR, c’est sympa comme manière de fonctionner !”, “on est dans une ferme d’élevage où il y a beaucoup de déchets, ça marche bien et ce n’est pas beaucoup plus de temps à passer si c’est bien positionné”. Bref, il y a eu des retours d’agriculteurs intéressés après avoir vu le fonctionnement au lycée. 

 

Joris Erzen : avec la multiplication des points (dans les différents bâtiments et dans le local phytos) on trie de mieux en mieux et il n’y a quasiment plus d’erreur. On gagne du temps… et de l’image ! On est aussi gagnant dans la gestion des nuisibles et pour la charte des bonnes pratiques de l’élevage.

 

Isabelle Pèlegrin : le tri se faisait avant, on a en plus désormais le recyclage de filets paragrêle, la distribution de flyers lors des formations certiphyto et auprès des élèves.

 

Gérald Roseau : les supports d’explication sont pratiques, tous les salariés et animateurs de la ferme suivent bien. Et puis le tri des déchets et les partenariats territoriaux induits comptent dans notre diagnostic agroenvironnemental IDEA4.

 

 

Quelles difficultés dans les réalisations ?

 

Adrien Raballand : à mon arrivée en septembre 2016 il y avait un stock de 3 ans de sacs pleins sur la ferme ; les collectes A.D.I.VALOR fonctionnaient déjà bien à cette époque en Isère, mais le distributeur ne communiquait que très peu la date de la collecte et les salariés n'avaient pas pour consigne de les apporter chez le distributeur à ce moment-là. Maintenant ça tourne régulièrement. Sinon, on constate encore quelques erreurs de tri (mouchoirs, gants de fouille), pourtant on ne peut pas rater les panneaux ! Alors on retrie ponctuellement. Sur la durée de vie des sacs, on fait d’ailleurs un essai cette année avec A.D.I.VALOR, avec quatre endroits testés : face nord, face sud, sous un auvent, sous un abri. Le vieillissement sera étudié pour objectiver certains conseils de stockage.

 

Aurélien Jeanleboeuf : plus les collectes sont fréquentes, plus c’est facile pour nous. Là, on a raté une collecte, ça fait beaucoup de bâches d’enrubannage stockées et on est dans l’embarras. La place peut ainsi devenir une contrainte, surtout pour les bâches d’ensilage et d’enrubannage.

 

Joris Erzen :  en effet, la place pour stocker, c’est environ 20 m3 dans notre cas… Ne pas laisser en extérieur et faire attention aux nuisibles : nous avons bétonné le sol de l’appentis pour un meilleur confort de travail. La limite de 25 kg / sac est parfois difficile à respecter…

 

Isabelle Pèlegrin : il n’y a pas de collecte directe sur le site, on envoie en déchèterie ou on retourne à la coopérative d’achat.

 

Gérald Roseau :  ici aussi, un délai de près de 3 ans avant la première collecte, mais on est maintenant en rythme de croisière de 1 à 2 fois par an. Les agriculteurs voisins qui amèneront à terme aussi leurs déchets ici pour les collectes devront trouver un lieu de stockage en intérieur car les rayons ultraviolets et les intempéries abîment les sacs.

 

Quelle appropriation, quel lien à la pédagogie ?

 

Adrien Raballand : A.D.I.VALOR nous a donné des produits issus du recyclage des déchets (sacs…) et quelques maquettes pédagogiques avec des granules, c’est du concret ! Certains enseignants ou formateurs ont par ailleurs fait intervenir en cours des représentants d’A.D.I.VALOR, en lien avec l’éducation au développement durable mais je ne suis pas sûr que ce soit dans le ruban pédagogique de toutes les classes.

 

Aurélien Jeanleboeuf : ce sont les élèves qui ont mis en place les panneaux signalétiques, avec le salarié en charge du bricolage. Des enseignants ayant des modules sur l’environnement ont été associés. Les salariés sont tous sensibilisés et participent activement. Les élèves reprennent même parfois un enseignant : “Ah non, ça il faut le jeter là-bas !”. Les diverses poubelles sont accessibles facilement pour les travaux pratiques, ça ne rajoute pas de distance

 

Joris Erzen : les BTS ACSE présentent la filière recyclage aux autres classes pour les sensibiliser au mieux, dans le cadre de leur projet d’initiative et de communication (PIC). Depuis 2 ans maintenant le silo de la coopérative agricole est plein, preuve que les agriculteurs trient davantage dans le territoire, on ne voit plus trop de brûlage apparemment. Il reste encore des questions sur le devenir des pneus.

 

Isabelle Pèlegrin : Des présentations sont faites plusieurs fois par an. Par exemple, pour toutes les formations certiphyto, il y a une heure d’intervention avec les supports fournis par A.D.I.VALOR (vidéos et documents de présentation, en lien avec la notion de durabilité).

 

Quels résultats pour la gestion des déchets ?

 

Aurélien Jeanleboeuf : en fait, le partenariat a permis de se rendre compte des quantités de déchets : quand on a fait cinq trajets de 200 m jusqu’au hangar avec des sacs bien pesants, on s’en souvient ! Les quantités changent en fonction des récoltes, des pratiques : si l’année est mauvaise, on fera plus d’enrubannage, on achètera plus de pulpe / drêche qu’il faudra bâcher ; si l’année est bonne, on a beaucoup d’herbe et moins d’achats extérieurs. Le prix du plastique et la facilité de manutention guident aussi les choix : avec les pulpes de betterave et drêches de brasserie, on utilise sept à huit bâches/an à 70 euros pièce. On teste donc avec Firestone sur un silo une sorte de « bâche » synthétique lavable donc réutilisable, d’une durée de vie de 10 ans (une matière qui se pose sur les bâches de côté de silo et permet d'éviter la surutilisation de plastique). Cela permet d'éviter les dégâts extérieurs aussi (animaux, grêle, etc.). L’ensilage permet d’économiser un peu sur les filets ou les ficelles par rapport à l’enrubannage (où il y en a sous les bâches).

 

Joris Erzen : nous sommes juste passés à l’achat de l’engrais en vrac, ce qui a diminué les sacs. Et puis nous essayons de faire attention au nombre de tours de ficelle sur les bottes de paille, mais ça ne joue pas beaucoup…

 

Gérald Roseau : globalement, il y a peu de leviers pour réduire les déchets… Nous réfléchissons au séchage en vrac en grange, cela éviterait pas mal de bâches, si cela est possible d’ici 3 ans. Nous avons aussi déjà retiré il y a quelques années les pneus usagés, remplacés par des boudins ou des sacs de cailloux.

 

Quels conseils pour d’autres lycées ?

 

Adrien Raballand : bien se concerter avec les salariés, avoir bien identifié où mettre les stocks ainsi que les supports pour que ce soit ergonomique et pratique pour eux ; accompagner au maximum les enseignants ; respecter le poids de chargement.

 

Aurélien Jeanleboeuf : bien s’appuyer sur le code couleur vert / bleu / jaune qui est bien visible et rappelle les couleurs de chaque catégorie à chaque zone. C’est concret, ça parle aux élèves.

 

Isabelle Pèlegrin : veiller à une bonne maintenance, à l’abri du soleil et de la pluie !

 

Gérald Roseau : bien aménager les espaces pour que ce soit facile pour les salariés : ici, ils ont fait en sorte que les sacs puissent aller dans le godet du manitou. Dès qu’il y a un râtelier à foin, il y a un sac pas loin.

 

 

Dans le cadre du nouveau plan « Enseigner à produire autrement pour les transitions et l’agroécologie », la problématique de la gestion des déchets peut être une action transversale. Les écoresponsables et d’autres jeunes pourraient réfléchir à des actions de réduction des déchets, contribuer à des animations pour mieux faire connaître cette filière de recyclage. Les enseignants et directions d’établissements et d’exploitations peuvent appuyer la mise en place du parcours « moi je recycle ! » ou veiller à ce que la ferme s’inscrive bien dans des collectes sur son territoire ; ils peuvent veiller à ce que toutes les classes soient davantage formées à la gestion des déchets, ou au moins sensibilisées. La visite de lieux de collecte, s’il y en a proche de l’établissement, peut marquer les esprits par les volumes représentés. Au-delà de la mise en place des bons gestes à la ferme, il y a probablement besoin de renforcer ce volet formation (lien avec l’économie circulaire, l’analyse de cycle de vie, la réduction des gaz à effet de serre…).

 

 

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Le matériel fourni par ADIVALOR à l’établissement

Pour ces premières années d’opération pilote, A.D.I.VALOR a fourni aux établissements :

     * les équipements de préparation et stockage des déchets à la ferme (supports de sacs, sacs de collecte, signalétique dédiée à chaque type de déchets)

     * et divers outils de communication (panneaux sur le recyclage, dépliants d’information généraux et par type de déchets, supports pédagogiques).

Une convention d’un an renouvelable est signée avec chaque établissement. Dans le cadre d’un déploiement plus large pour équiper davantage de fermes, des aides à la prise en charge des équipements seront recherchées aux niveaux national et local. Les établissements seront appelés à contribuer un peu également, car A.D.I.VALOR n’est pas en mesure de soutenir - seul -  le déploiement du dispositif à tous les établissements.  

 

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Liste des établissements engagés : https://www.adivalor.fr/liens/enseignement.html

 

Contact d’A.D.I.VALOR  sur ce partenariat : Roger Ferret, r.ferret@adivalor.fr

 

Contacts des 5 établissements témoignant

 

 

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP