Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

De la méthode et des liens pour faire transition

Décembre 2017 - Karine Boutroux, Philippe Cousinié et Dominique Dalbin (animateurs Réso'them de l'enseignement agricole)

 

lien vers le site wiki des actes des Rencontres

 

 

Les inter-régionales Sud-Est 2017 ont réuni à Montpellier du 23 au 25 octobre 2017 près de 120 acteurs de la transition agro-écologique autour de la mobilisation et des actions nécessaires pour l'accompagner sur les territoires. Petite revue de détail et illustrée de l'évènement...


L'automne tarde à s'imposer en cette fin d'octobre à Montpellier. Sous un beau ciel bleu, les directeurs d'exploitations et d'ateliers technologiques des établissements des quatre régions du Sud-Est (Occitanie, PACA, Corse et Auvergne-Rhône-Alpes) se sont donné rendez-vous ici, invitant cette année les chefs de projets de partenariats ainsi que enseignants référents enseigner à produire autrement ou sur un dispositif tiers-temps : nous sommes ainsi près de 120 personnes avec les intervenants et animateurs de l'événement, pour écouter, échanger, visiter, rencontrer, goûter...L'intention est bien d'avancer, ensemble, pour arriver à mieux mobiliser, accompagner, agir et capitaliser autour des transitions agro-écologiques dans l'enseignement agricole. Et pour cela, l'angle proposé par le comité organisateur (réuni par Sup Agro Florac) est bien celui des méthodes et des liens.

Le territoire au coeur des enjeux

En effet, dès les premières plénières dans l'amphi du lycée de Montpellier, les participants échangent sur le rôle des exploitations et ateliers dans la transition agro-écologique et le difficile équilibre à trouver entre utilisation pédagogique, résultats économiques et contexte professionnel territorial : « ni enseignant, ni responsable d'exploitation, ni directeur, le métier de DEA-DAT c'est compliqué ! » confirme Patrice Cayre, animateur de réseau ayant conduit une recherche action en région Grand Est.
En écho à cette place clé des exploitations, « les projets régionaux doivent se construire sans oublier le lien à l'alimentation et réaffirmer les liens entre produire, transformer, commercialiser et consommer » souligne Pascal Augier, DRAAF Occitanie, repris par Rebecca Akrich dans le bilan des PREPA à mi-parcours. Ces liens sont illustrés par deux exemples présentés par le SRAL Occitanie sur les  projets alimentaires territoriaux. Le chef cuisinier de l'EPL de Castelnaudary promeut les légumineuses dans la capitale mondiale du cassoulet (projet LEGUMICANT) et  suscite notre curiosité avec la référence au nudge. Le directeur de l'EPL du Tarn, lui, assume le rôle d'expert que peut avoir un établissement, « ce qui renforce l'image des EPL investis sur leur territoire et au cœur de la profession » précise-t-il.

 

 

Le métier de DEA, c'est difficile (intervention de Patrice Cayre). Photo K.Boutroux
En plénière, présentation du bilan à mi-parcours des Plans régionaux enseigner à produire autrement par Rebecca Akrich de la DGER. Photo D.Dalbin
Les temps informels, l'occasion également d'échanger sur les projets des uns et des autres (Pauline Herbemont, DEA d'Aurillac et Julien Enjalbert, DEA de Pamiers). Photo D.Dalbin

CAP VERT : un projet CASDAR innovation et partenariat pour accompagner la transition agroécologique dans des collectifs.

Les conditions de réussite d'un projet agro-écologique à l'échelle d'un territoire sont bien illustrées par les acquis d'expérience du projet CAP VERT. Trois réseaux (Trame, Cuma et Civam) ont collaboré de 2014 à 2017 pour apporter un croisement inédit de regards sur l’accompagnement en agro-écologie. Pour Adrien Boulet de Trame « L’autonomie est un moteur » en termes de territoire, de décisions, de maîtrise du systèmes et de réduction des intrants. Des savoirs quotidiens non conscientisés sont rendus conscients avec les échanges : « on parle d’agroécologie silencieuse ». Le collectif est la clé à l’échelle d’un territoire et « il s’apparente à un mouvement social comme en Argentine ou dans les coopératives néerlandaises » précise Adrien. La diversité, omniprésente, nourrit la transition agroécologique. C’est une diversité des relations, des systèmes, des acteurs, des finalités, des valeurs, des sentiments et des solidarités ce qui l’amène à jouer, là-aussi, un rôle moteur. Finalement, la diversité amène des controverses, des hybridations et des complémentarités, toutes positives pour transiter. Mais la transition se construit dans la durée avec une convivialité nécessaire comme moteur de « patience collective ». Les trajectoires sont longues car elles nécessitent des aller-retour permanents pour permettre à des motivations différentes de se mettre en mouvement. Cette expérience a ainsi fourni des références pour mieux accompagner la transition sur un temps long.

 

Visites et ateliers

Ces rencontres se sont aussi appuyées sur de nombreux temps d'ateliers et de visites en groupes restreints, sur des thématiques plus précises, au choix des participants. L'atelier sur l'ingénierie financière et les partenariats R&D par exemple a permis au groupe, après le témoignage de l'établissement de Bourg-en-Bresse sur son expérience en la  matière, de bien poser ensemble les idées forces : la nécessité d' anticiper, de bien s'entourer, d'avoir le soutien de la hiérarchie, d'impliquer le DEA,... Rien n'est impossible pour qui est motivé, mais les besoins de veille et d'outils sont prégnants. Enfin, on ne déclenche rien tant qu'on n'a pas le financement, il faut surveiller l'équilibre financier et l'autofinancement, en donnant une valeur à toutes les choses...

La visite du domaine Mas Piquet (l'exploitation de l'établissement de Montpellier) a proposé quant à elle de comparer les résultats de trois modalités de systèmes techniques en vigne réalisé sur cépage Marselan : biodynamie (Demeter), AB (Ecocert) et conventionnel (Terra vitis). Les résultats 2017 de cette action soutenue par le CASDAR TAE sont encourageants en biodynamie, avec un IFT 6,9 (- 48 %) et une meilleure vigueur sans perte de rendement. Le taux de matière organique dans les sols, mesuré en 2016, était également plus important en biodynamie (2,2 %) qu’en AB (1,8 %) et qu’en conventionnel (1,6 %). La vinification se caractérise en 2017 par un taux d’alcool moindre (levures indigènes), plus d’acidité et plus d’astringence. 300 bouteilles seront proposées à la vente cette année, de bons prémices pour la suite...

Faire le lien entre agro-écologie et alimentation était l'enjeu de la visite du pôle agro-alimentaire mis en place au Marché d'intérêt national (MIN) de Montpellier. Depuis 2015, la conserverie Label d'Oc, installée dans les locaux du Min, transforme les surplus des producteurs locaux sous forme de soupe, confitures, purée de légumes, pâtés ou plats cuisinés en veillant à une juste répartition de la valeur. Une journée par semaine est consacrée à la gamme Bio. Arturo Del Rio, co-dirigeant de l'entreprise, souligne le partenariat  étroit avec le lycée agricole de Castelnau le Lez.  Au niveau technique, l'expertise fournie par Hugues Brunet, enseignant et tiers-temps, sur la mise au point des barèmes de stérilisation permet de développer la gamme. Au niveau pédagogique, l'accueil régulier de stagiaire en bac pro bio-industries de transformation permet de participer activement à la formation.

Exploitation de Mas Piquet. Photo Ph. Cousinié
De nombreux ateliers d'échanges en groupes restreints (ici, la découverte du jeu de rôle L'eau en jeu, développé par l'établissement de Perpignan). Photo D.Dalbin
La visite des plateformes irrigation et agriculture connectée de l'IRSTEA (ici, la soufflerie pour l'étude des dispersions de pulvérisation). Photo D.Dalbin
Entreprise label d'Oc sur le Min de Montpellier. Visite acoompagnée par M Seck, responsable qualité, Monsieur Lauro, directeur du MIN et Madame Fourcade, Vice présidente de Montpellier Méditerranée,Métropôle déléguée à l'agro-écologie et à l'alimentation. Photo K. Boutroux

IDEA version 4 : Une méthode innovante pour accompagner la transition

IDEA, dans sa version 4, est une méthode innovante d'évaluation de la durabilité des exploitations agricoles conçue à la fois pour le développement (agriculteurs et conseillers agricoles) et l’enseignement agricole. La nouvelle version s’appuie sur une double évaluation : l’approche par les trois dimensions de la durabilité (agroécologique, socio-territoriale et économique) et une nouvelle évaluation par les cinq propriétés de l’agroécologie (autonomie, robustesse, responsabilité globale, ancrage territorial et capacité productive et reproductive). C’est une approche à la fois de co-construction et de réflexion systémique par les propriétés qui s’appuie sur les enjeux locaux. Les nouveaux enjeux de société ont été intégrés : alimentation, économie circulaire et changement climatique.
Bénéficiant de l’appui d’un CASDAR (2017/2020) d’accompagnement au changement vers la transition agroécologique pour une performance globale des exploitations agricoles, la version 4 va être largement testée dans l’enseignement agricole en 2018 et 2019 auprès d’un groupe pilote d’une quinzaine d’établissements avec l’appui de la Bergerie Nationale, de l’ENSFEA, de l’inspection et du réseau thématique agronomie. En parallèle, la méthode est également en cours d’adaptation aux conditions tropicales des DOM à partir de tests prévus aux Antilles. A terme, une formation des utilisateurs de l’enseignement agricole sera mise en place. Les ressources seront constituées d’un ouvrage, de fiches descriptives des 54 indicateurs, d‘un calculateur et d’un site internet.
Contact : Amandine Menet, Bergerie Nationale de Rambouillet, amandine.menet@educagri.fr

Parions qu'après ces journées riches en échanges, de nouveaux liens se soient tissés pour plus de synergies d'actions au service de la transition. Les pistes et les énergies ne manquent pas, à nous de faire vivre la dynamique...