Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Relancer une dynamique d’élevage ovin en Pays de Caux

 

Jean-Marie Morin, Emmanuelle Zanchi, animateurs réseaux DGER Reso’them – Mai 2017

 

Répondre à la demande croisée des professionnels de l’élevage ovin et de collectivités territoriales à la recherche d’élevages pour entretenir des espaces non agricoles, voilà l’enjeu du projet « la reconquête ovine à l’échelle de la Normandie » portée par l’enseignement agricole public local (EPL) de Seine-Maritime sur le site d’Yvetôt. L’agrandissement de la troupe ovine, la mise en place d’agnelages de printemps et d’automne vont permettre de mettre d’impliquer élèves, étudiants et apprentis et replacer le système de l’exploitation au cœur de l’EPL.

 

 

Une attente forte des professionnels de la filière ovine

La cage de retournement, financée par le conseil Régional, outil indispensable à un travail facilité en élevage ovin. Photo E. Zanchi

Elever des agneaux dans l’exploitation d’Yvetot n’est pas chose nouvelle. Une troupe de 60 brebis de race Ile de France dont les agneaux dont conduits en bergerie, est présente depuis 2007. Mise en place pour répondre à des besoins pédagogiques et gérée par les apprenants, les résultats techniques restaient médiocres. Mais, en plein cœur du pays de Caux où les grandes cultures, les pommes de terre et les betteraves sont reines, quelle peut être la place pour des ateliers ovins ? « Aujourd’hui, seulement 20 % des besoins en viande ovine sont couverts par la production départementale et la majorité des éleveurs d’ovins hauts normands ont plus de 50 ans » explique Arnaud Izabelle, directeur de l’exploitation. L’attente de la profession pour maintenir et développer la production à l’échelle du territoire normand est forte. La coopérative CAPSEINE a la volonté de multiplier la production locale d’agneaux, passant de 20 000 à 60 000 agneaux/an). Elle cherche à développer la production par un agrandissement de la taille des ateliers existants et par la création de nouveaux ateliers. C’est une opportunité à saisir pour l’EPL : restructurer l’atelier existant pour former les apprenants, expérimenter des systèmes, motiver des jeunes pour créer des ateliers ovins. La participation aux Ovinpiades des Jeunes Bergers  il y a 3 ans, a été le déclencheur de la dynamique dans l’établissement. « Nous avons préparé les élèves et les apprentis, manipulé des animaux dans l’exploitation et chez des éleveurs entre 1 à 3 heures par semaine. Nous renouvelons l’expérience chaque année et avons eu la satisfaction qu’une élève soit déclarée meilleure bergère de France » s’enthousiasment Alexandre Cousin, responsable du site du Centre de Formation d’Apprentis d’Yvetot et Arnaud Izabelle. Ces liens tissés avec les éleveurs, les professionnels et la chambre d’Agriculture ont facilité la réponse à l’appel à projet "transition agro-écologique" financé par les fonds du CASDAR dont l’objectif est la reconquête ovine à l’échelle de la Normandie.

Développer un pôle de compétences pédagogiques au sein de l’établissement et mixer les publics

 

Le cap est donné : l’atelier de l’exploitation va contribuer à former éleveurs et salariés. Actuellement, manipulations, tonte des animaux, parage des onglons ont lieu régulièrement lors de travaux pratiques. Les apprentis de BTS Productions Animales organisent, dans le cadre d’un Module d’Initiative Locale ovin, une journée technique ovine en partenariat avec les éleveurs. La journée aura lieu en juillet prochain, elle devrait rassembler éleveurs, techniciens et constitue une réelle mise en situation pédagogique pour les étudiants. Pour Alexandre Cousin, il faut aussi parvenir à croiser des compétences et des regards pédagogiques. « Faire travailler les BTS ACSE du lycée et les BTSA PA du CFA en pluridisciplinarité va nous permettre de reconnaitre les compétences de chacun en économie – gestion et en technique d’élevage ». Le MIL pourrait évoluer vers l’étude d’un projet technique et économique de l’exploitation avec le suivi global de la troupe ovine au quotidien. Bien sûr, les freins ne peuvent être ignorés, « les apprentis ne pourront pas assurer le suivi toutes les semaines mais des stagiaires du CFPPA peuvent prendre le relais dans le cadre du BP REA puisque certains ont des projets en élevage ovin et caprin ». Finalement, conclue Arnaud, « l’atelier ovin peut devenir le carrefour du site d’Yvetôt ».

Discussion sur les valeurs alimentaires des méteils entre enseignant, salarié de l’exploitation, et élève. Photo E. Zanchi

Imaginer un système innovant pour contribuer aux objectifs pédagogiques et professionnels

 

Actuellement, les 60 brebis Ile de France produisent des agneaux de bergerie, vendus au printemps principalement à des particuliers et au personnel de l’établissement. Ce fonctionnement est cohérent avec la vente directe de 15 000 poulets prêts à cuire produits sur l’exploitation. Ces brebis pâturent peu. Le projet est de doubler la troupe avec des brebis de races différentes. Après de nombreux échanges au sein de l’EPL et avec les professionnels, le choix a été arrêté : 20 brebis Texel devraient arriver à l’automne, suivies d’une quarantaine de Vendéennes. Les brebis Ile de France vont continuer à produire des agneaux qui vont naître à l’automne et être élevés en bergerie. Les brebis nouvellement arrivées vont agneler au printemps. C’est là où le projet est innovant. Loin d’opposer des modes de conduite, les systèmes vont cohabiter. Des agneaux vont naître toute l’année, élèves et stagiaires pourront observer différents systèmes : agneau de bergerie et agneaux d’herbe. Les animaux ne sont pas encore arrivés que les enseignants s’emparent déjà du projet. Charles Pillet, enseignant de zootechnie, a commencé impliquer les élèves de bac Sciences et Technologies de l’Agronomie et du Vivant. Ils ont repéré et cartographié des zones en herbe non valorisées dans l’établissement. Chargé de valoriser les expérimentations de l’établissement dans le cadre du dispositif tiers temps dès septembre 2017, Charles a la volonté d’intégrer les élèves en amont puis à chaque étape du projet. Avec Solène Anquetil, enseignante de zootechnie au CFA, ils imaginent le pâturage de dérobées, s’interrogent sur leur valeur alimentaire et envisagent le pâturage après récolte des méteils ou après pâturage des vaches laitières et des chevaux. Les échanges entre agronomes et zootechniciens promettent d’être riches. De quoi faire naître de nouvelles vocations. Rémi, élève de bac pro originaire de Picardie, avoue être curieux de la production ovine et s’être posé la question de créer plus tard un petit atelier ovin. La communauté de communes par exemple a sollicité l’exploitation pour entretenir des espaces non agricoles. Directeur d’EPL et directeur d’exploitation sont prêts à s’engager dans cette voie mais elle pose des questions juridiques que le projet permettra d’étudier.

Chiffres clés de l'exploitation

  • SAU : 106 ha dont 30 ha de prairies
  • Atelier « grandes cultures » conduit actuellement selon différents modèles (10 ha en agriculture biologique, 15 ha en production intégrée, 7 ha en agriculture de conservation, 30 ha en agriculture raisonnée) : céréales (40 ha), lin (8 ha), betteraves sucrières (7 ha), luzerne (5 ha)
  • Atelier « productions animales » : 90 vaches laitières de races Prim'Holstein et Normande, 12 000 à 13 000 poulets et pintades "label", 60 brebis Ile de France.
  • Atelier maraichage : 5000 m2 en agriculture biologique gérés par le CFPPA
  • 4 ETP

Contacts utiles : EPLEFPA de Seine-Maritime

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP