Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Venours, en quête d’autonomie alimentaire pour les vaches laitières

Juin 2017 - Bertand Minaud et Karine Boutroux (animateur et animatrice de réseau thématique DGER)

 

Renforcer l’autonomie alimentaire de l’élevage bovin laitier et l’utilisation pédagogique de la ferme sont deux objectifs convergents visés par le lycée agricole de Venours près de Poitiers dans la Vienne. Ce projet se construit pas à pas et produit ses premiers résultats opérationnels.

 

 

Maintenir l’élevage, un enjeu pour le territoire

Dans ce territoire du Poitou qui voit disparaître l’élevage au profit des céréales, Nicolas Boissinot, directeur de la ferme de l’établissement, fait le pari des systèmes de polyculture-élevage et a envie de « rendre plus désirable le métier d’éleveur ». Pour cela, il y a deux impératifs : des conditions de travail acceptables et un revenu tiré de l’activité qui soit suffisant. L’amélioration continue de l’autonomie alimentaire du troupeau bovin laitier mis en œuvre depuis 2015 (projet transition agro-écologique financé par des fonds CASDAR) sert ces objectifs. « Toutefois, ces adaptations devaient initialement répondre aux besoins de la filière lait : quantité et qualité équivalente et production régulière toute l'année », précise Nicolas.

Des scenarii proposés par les étudiants

L’aménagement de chemins d’accès aux prairies, comme la mise en place de points d’abreuvement fixes facilitent la gestion du pâturage. (Photo K. Boutroux)

Au départ du projet, le système d’alimentation des bovins se basait sur un pâturage limité à quelques semaines au printemps pour les vaches et une alimentation sèche uniquement (paille et foin) pour toutes les génisses. Les apports d’aliments concentrés étaient importants pour une production maximisée (près de 10 000 l de lait/vache/an). L’équilibre économique de l’activité était loin d’être atteint.

Les étudiants de BTS ACSE* ont été les premiers, en 2015, mis à contribution pour proposer des adaptations de la conduite du système d’élevage en développant le pâturage et l’autonomie fourragère, en allant jusqu’à l’impact économique des modifications envisagées. Chaque année, une nouvelle promotion est impliquée pour assurer le suivi du projet et faire de nouvelles propositions. L’établissement y voit un triple avantage : étudier un projet concret d'exploitation, croiser les regards et, en plus, contribuer à expliciter ces nouvelles pratiques auprès des professionnels du territoire. Ce travail a été mené au départ en collaboration avec la chambre d’agriculture. En 2017, les étudiants du BTS APV ont fait des propositions d’évolution de l’assolement vers plus d’autonomie et d’économie, en s’appuyant sur le jeu Educ’Phyto et accompagnés par le CIVAM*.

 

Une mise en pratique et des apprentissages pour tous

Retour vers la stabulation, quelques Jersiaises parmi les Prim’Holstein (Photo K. Boutroux)

 Très concrètement, le développement et l’optimisation du pâturage a nécessité divers travaux comme l’aménagement d’un chemin d’accès aux différentes parcelles accessibles par les vaches (12 ha) et les génisses (8 ha), la remise à neuf de l’ensemble des clôtures, la mise en place d’un système d’abreuvement automatique pour chacun des paddocks. La plantation de 600 mètres linéaires de haies sur tout le pourtour de l’îlot vise tout autant le bien-être animal (coupe-vent et ombrage à terme) que la valorisation paysagère.

Pour tout cela, les élèves des différentes filières - secondes et bacs professionnels -, ont été sollicités aux côtés de l’équipe des salariés de la ferme. Cette implication est facilitée par une organisation de l’emploi du temps libérant deux après-midi par semaine pour les enseignements techniques. « Finalement, les élèves aiment bien faire les clôtures, même les gamins de céréaliers » souligne Nicolas Boissinot . Ce projet est ainsi l’occasion pour l’établissement de reconstruire des liens devenus trop ténus entre ferme et enseignants qui s'investissent davantage désormais.

« Pour la gestion au quotidien du pâturage, souligne Nicolas, nous adaptons nos pratiques tous les ans. Au bout de trois ans, nous commenconsà maîtriser les différents aspects comme la hauteur d’herbe en entrée et sortie des animaux, la gestion des refus de dactyle, graminée la plus présente dans nos prairies. ».


Cependant, il reste encore du travail à faire pour optimiser le système fourrager en général et le pâturage en particulier. A titre d’exemple, citons la plantation d’arbres (agro-foresterie), le renouvellement ou la régénération de prairies avec des mélanges prairiaux mieux adaptés, la modification de la ration hivernale avec une part d’herbe supérieure, l'optimisation du stade de récolte des fourrages et leur mode de conservation…. « Tout se fait par petites touches » précise le directeur de la ferme. « Et des décisions d’investissement comme le remplacement de la salle de traite aujourd’hui obsolète par un éventuel robot de traite nécessiterait également des adaptations différentes de celles initialement imaginées pour gérer le pâturage ». En parallèle, il faut veiller à rassurer en permanence les salariés sur l'efficacité du système mis en place et surveiller la charge de travail.

 

L’introduction de vaches de race Jersiaise (voir encadré) fait également parti intégrante du projet.

Pourquoi introduire des vaches Jersiaises dans le troupeau de Prim’holstein ?

Bien que moins forte productrice que la Prim’Holstein, le choix de la race Jersiaise, race spécialisée pour la production laitière et originaire de l’île qui lui a donné son nom est motivé par son faible coût d’entretien lié à sa petite taille, sa relative rusticité et son lait dont la richesse en matière grasse et matière protéique est remarquable, en particulier au pâturage. Une dizaine de vaches a été introduite dans le troupeau. Le directeur de la ferme note aussi qu’il n’existe pas de troupeau 100 % jersiaise dans l’enseignement agricole, ce qui pourrait arriver à terme ici.

 

 

Des premiers résultats encourageants

 D’un point de vue du fonctionnement du système d’élevage laitier, la faisabilité d’une conduite avec plus de pâturage, sans – a priori - dégradation des conditions de travail a rapidement été montré. Mesurée avec les étudiants de BTS ACSE, l’autonomie de l’élevage est déjà renforcée sur différents plans. Par exemple, la quantité de concentrés distribuée au troupeau par litre de lait commercialisé a diminué graduellement et significativement de plus de 30% entre 2014 et 2016. Toutefois, malgré une baisse de 7% de la production de lait,la marge nette de l’atelier, dans un contexte de baisse du prix du lait de 17 % sur la période, s’est nettement améliorée pour se rapprocher de l’équilibre (voir tableau ci-dessous - cliquez dessus pour l'agrandir).

Par ailleurs, pour l’établissement dans son ensemble, Fabien Ius, directeur adjoint chargé de la pédagogie, souligne la cohérence de ce projet d'exploitation avec le projet pédagogique de l'établissement tourné vers l’agro-écologie en conformité avec la note de service « Enseigner à produire autrement »

Nicolas Boissinot, directeur de la ferme, explique in situ l’organisation du pâturage (Photo B. Minaud)
Quelques résultats technico-économiques

Communiquer sur le projet et ses résultats

La communication sur le projet est essentielle, que ce soit en interne auprès de l’ensemble de la communauté éducative ou en externe auprès des partenaires du territoire. Le projet et ses premiers résultats ont ainsi pu être présentés le 22 septembre 2016 à Montmorillon lors d’une journée dédiée au pâturage. Une journée thématique ouverte aux étudiants et aux professionnels est aussi envisagée dans les prochains mois. Par ailleurs, dans le cadre du réseau des fermes d’élevage d’ex Poitou-Charentes animé par Vincent Cartault, il y a des échanges sur le thème entre les membres du réseau et une communication via une lettre d’information spécifique

Chiffres clés de l'exploitation

  • SAU : 91 ha – capacité d’irrigation
  • Cultures : prairies temporaires graminées et graminées légumineuses, luzernes, blé tendre, maïs tournesol, blé dur, colza, lupin
  • Élevage bovin lait : 75 vaches de races Prim’Holstein et Jersiaise, 600 000 litres de lait produits
  • Élevage de gibiers pour le repeuplement : reproduction et élevage de perdrix grises et rouges (60 couples, 3 800 perdrix), de faisans (150 poules, 4 800 faisans), et de cailles (4 000)
  • Apiculture : 70 colonies (cheptel en développement pour atteindre 250 ruches)
  • Chiffre d’affaire (2015) : 330 000 euros
  • Main d’oeuvre : 4 salariés dont 2 apprentis

Contacts utiles : EPLEFPA de Venours

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP