Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Des orties qui piquent, nourrissent et soignent…

Novembre 2017 - Régis triollet et Patrice Cayre (animateurs réseau thématique DGER - Réso'them)

 

La Corrèze et les pâturages fertiles de la commune de Naves hébergent une expérimentation aussi surprenante qu’originale,  au sein d’un établissement de formation agricole : tester la culture d’orties ! Mais pourquoi faire ? Pour renforcer l’autonomie protéique des élevages… 

La genèse du projet : une histoire de canards…

Depuis la fin des années 1990, et son implication dans le programme national « Agriculture durable» de la Direction générale de l’enseignement et de la recherche (DGER), l’équipe de la ferme d’élevages (bovins, porcs et équins) a cherché à s’engager dans l’innovation et des modèles alternatifs. Elle a ainsi fait évoluer progressivement ses modalités de production, en structurant d’abord en 1998 son cheptel en deux troupeaux, l’un en système conventionnel et l’autre en bio. La ferme est conduite intégralement en agriculture biologique depuis 2009.

Des élèves installent la culture d’ortie (Photo : R.TRIOLLET)

Des réflexions s’engagent sur l’éventuelle introduction de l’ortie dans le système d’élevage, prolongeant la logique de la conversion à l’Agriculture biologique (AB) : elle apparaît comme une réelle opportunité d’accroitre l’autonomie alimentaire sur l’exploitation en utilisant les ressources dont elle dispose. L’ortie peut être un complément fourrager consommable, une fois fauchée, avec des qualités sanitaires intéressantes ; Hervé nous rappelle que ces vertus ont été oubliées, précisant : « dans un vieux dictionnaire du début du XXème siècle l’ortie était considérée comme une plante fourragère et ma grand mère l’utilisait pour ses canards ». De cette envie est né le projet Casdar TAEi sur la ferme de l’établissement de formation agricole.

Après plusieurs échecs dans leur tentative, portée par la commission innovation de l’établissement (un collectif interne de référents motivés accompagné par l’équipe de direction), l’établissement devient lauréat de l’appel à projet de la DGER « Transition agro-écologique » en 2016.

« On a toujours eu envie de faire pousser des orties depuis 2000, suite à une sensibilisation lors d’une formation de vétérinaire homéopathique », partage Hervé Longy, directeur de la ferme.

Le projet s’intitule SORTIE : renforcer l’autonomie protéique des élevages avec une culture qui sort des sentiers battus, l’ortie. L’équipe mobilisée a pour ambition de produire des références technico-économiques sur les modes d’implantation de l’ortie (Urtica dioica), sa culture, les techniques de récolte, et les méthodes de conservation et de valorisations nutritionnelles.

Plusieurs établissements de formation agricole motivés sont associés au projet, dont Edgar Pisani de Chaumont, et l’établissement corrézien voisin Brive-Voutezac d’Objat ainsi que l’école de vannerie et d’osiériculture de Fayl Billot (ces deux derniers ayant des spécialisés en productions horticoles, notamment).

Viennent en appui et sont également associés à ce projet de nombreux partenaires issus du secteur professionnel et des instituts techniques et de développement et / ou de recherche comme l’ITAB, l’INRA de Toulouse, les chambres d’agriculture et les fédérations départementales et régionales des CUMA.

 

Une implantation des cultures d’ortie sous des regards attentifs…

Les essais plein air se font dans un «  cadre boisé qui rassure les riverains … si jamais les orties cherchaient à s’évader de la parcelle pour envahir les champs voisins » ironise Hervé Longy. En d’autres termes, produire de l’ortie aujourd’hui dans le monde agricole ne va pas de soi.

Ce projet est suivi par les agriculteurs du territoire avec une certaine perplexité. « Tous nous observent sans trop comprendre, nous prenant généralement pour des fous », fait remarquer Hervé Longy le directeur. Mais ce projet surprend aussi les élèves et les stagiaires. Stéphane Nadal, un salarié de l’exploitation, ajoutant : « les élèves sont surpris, mais leur curiosité est éveillée, et je leur réponds qu’il faut finir l’expérience et on verra ensuite ! ».

Les premiers travaux de mise en culture débutent à l’automne 2016 au milieu d’une parcelle de près d’un hectare. 

Une parcelle d’orties en culture, bordée de bois et proche d’une route fréquentée (Photo : Triollet.R)
Orties en culture (Photo : Triollet.R)

Représentation schématique des implantations des placettes

Source : Projet SORTIE, protocole de réalisation EPLEFPA Edgard Pisani de Tulle Naves 2016 - 2019
    L’essai de 2400 m² (48m x 50m) est situé au centre d’une parcelle de 8000 m². Il est divisé en placette correspondant à une modalité soit à une combinaison des trois facteurs différents (préparation du sol, mode d’implantation, fertilisation). Chaque placette mesure 10m x 6m (60m²). Il n’y a qu’une répétition par modalité. L’objectif de cet essai est de dégager des modalités pertinentes à reproduire à plus grande échelle en année 2 du projet.
    Lors de cet essai, il s’agit d’évaluer plusieurs paramètres pour déterminer un itinéraire technique adapté : Mode d’implantation (1-semis plein champ, 2- rhizomes, 3- mini-mottes issues de graines ou 4- de boutures) ; Type de fertilisation (1- fumier frais, 2- vieux compost de fumier bovin, 3- matière organique végétale archaïque, sulfate de fer, 4- sans fertilisation) ; Présence ou absence de labour.

Conformément au plan d’implantation au champ de 2 parcelles de même surface, l’une labourée et l’autre non, l’installation linéaire des rhizomes est faite fin 2016 par les stagiaires et élèves (CAP, seconde pro général, BP REA), les boutures et semis d’ortie au printemps suivant.

En parallèle des travaux dans de plantation au champ, des essais de diverses modalités de multiplication (tronçons de rhizomes, boutures d’extrémité et semis de graine) sont mis en place sous un tunnel plastique, avec notamment des bouteilles plastiques choisies comme contenants). Ces expérimentations visent à caractériser les comportements des jeunes végétaux en croissance, et sont conduites avec les stagiaires, les apprentis et les élèves accompagnés de l’équipe enseignante et les salariés de l’exploitation.

Un tunnel improvisé pour cultiver  en bouteille (Photo R. Triollet)
Plantation mécanisée aux champs (Photo R. Triollet)
Plantation des rhyzomes d'orties (Photo R. Triollet)

« D’habitude on cherchait davantage à faire crever les orties qu’à les cultiver, je trouve cela marrant ! », partage un élève de Bac pro CGEA qui nous avoue que sur l’exploitation de ses parents, désormais il les coupe quand elles sont assez mûres et les laisse comme fourrage complémentaire dans les prairies.

Passer de la cueillette de l’ortie au développement de la culture.

Les expérimentations de la culture de l’ortie se poursuivront jusqu’en 2019 afin de tenter de couvrir la totalité de la parcelle dédiée de l’exploitation, l’un des objectifs visés étant de formaliser une fiche de culture technico-économique pertinente.

Cette plante, autrefois connue pour ses qualités nutritionnelles pour les animaux et certains usages dans la consommation humaine, relevait de la cueillette. Pour Hervé il ne s’agit pas de s’en tenir à cette pratique, mais de développer par la suite sa culture et selon les résultats, une production sur de plus grandes surfaces comme cela se fait actuellement dans certains pays dont l’Allemagne ou la Hongrie : « je rêve d’aller les voir » conclue-t-il.

Le développement de la culture de l’ortie pourrait répondre aux enjeux et perspectives de valorisation thérapeutique d’une telle plante, ainsi qu’une réintroduction soutenue de l’ortie au sein des rations alimentaires des élevages comme aliment-santé.

Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface totale : 225 ha en agriculture biologique répartis sur 9 sites
  • 120 ha de prairies permanentes et 70 de prairies temporaires
  • 25 ha de cultures de céréales et protéagineux destinées à l’alimentation des bovins
  • 120 vaches allaitantes de race Limousine en sélection
  • Vente de veaux de lait et veaux rosés, vaches de réforme, reproducteurs
  • 56 truies en système naisseur-engraisseur
  • Vente d’environ 1000 porcs charcutiers par an
  • 6 juments de race Bretonne
  • Commercialisation des animaux de boucherie par la SICA Pré vert (Coopérative bio) et vente directe pour une petite part
  • 5 salariés pour 4 équivalent temps-pleins

Contacts utiles

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP