Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Saint-Yrieix La Perche en Limousin : un système d'élevage en transition

Décembre 2017 - Claire Durox et Bertrand Minaud (animateurs Réso'them de l'enseignement agricole)

Quoi de plus traditionnel en Limousin que des prairies verdoyantes entourées de bois de châtaigniers dans lesquelles paissent des vaches Limousines ou des brebis ? Ses vergers de pommes Golden sont connues pour leur appellation d'origine protégée. En arrivant à la ferme du lycée agricole de Saint-Yriex la Perche, on retrouve tous les éléments de ce paysage. S'appuyant sur les réflexions menées sur quatre domaines prioritaires, le système de production est réorganisé pour répondre aux nouveaux enjeux économiques et agro-environnementaux auxquels sont confrontés la plupart des fermes du territoire. 

Quatre axes de travail pour construire un système plus agroécologique 

Le projet de la ferme à mettre en oeuvre doit être cohérent dans son ensemble. Mais sa construction s'appuie sur des thématiques qui peuvent, dans un premier temps, être réfléchies indépendamment les unes des autres : l'autonomie fourragère, les alternatives en santé animale, la prise en compte de la biodiversité et la conservation des sols.

Pour ce dernier volet visant à protéger au mieux les sols, le travail est pour le moment peu avancé. Cela se traduit essentiellement par moins de labours et plus de semis directs, avec l'idée de mettre en test des pratiques de semis de maïs sous couverts vivants de trèfles.

Les questions de santé du troupeau et de bien-être animal ont été abordées avec les élèves de Bac Pro CGEA* que ce soit au regard des conditions de logement en bâtiments ou au regard des protocoles de prévention - ou de soins en dernier recours. Sarah, jeune salariée en charge du suivi du troupeau bovin de la ferme, estime qu'avec les protocoles mis en place avec des produits à base de plantes et des oligo-éléments pour renforcer l'immunité du troupeau, « on est en train d'utiliser des pratiques de l'agriculture biologique ». Toutefois, elle pointe la difficulté de faire changer les habitudes pour moins d'interventions systématiques. Même constat pour passer à un pâturage moins ras, car les pratiques précédentes risquaient d'affaiblir les prairies.

 

 

Améliorer la santé des troupeaux


Les maladies des animaux, régulées avec un usage important de médicaments dont de nombreux antibiotiques, étaient trop importantes et impactaient l'économie de la ferme.
Ce problème a été pris à bras-le-corps en travaillant dans un premier temps sur trois axes :
  • le logement des animaux : le parc des bâtiments d'élevage est disparate, morcelé et peu fonctionnel. Des aménagements ont été réalisés pour en améliorer l'organisation (aérations, surface par vache, espaces réservés pour les veaux...),
  • les protocoles de suivi et de soin des animaux : un diagnostic préalable a permis de mettre en place des actions de prévention comme des cures d'oligo-éléments, l'usage de kéfir pour les veaux en vue de stabiliser la flore digestive,
  • l'équilibre alimentaire, visé à plus long terme, pour limiter les carences. Cela passe ici par l'introduction de prairies à flores variées.
  • Au premier plan, parcelles d'essais d'associations d'espèces prairiales (photo : C. Durox)

    En effet, la gestion du pâturage est au cœur de la réflexion sur l'autonomie fourragère. Il s'agit de mettre en place un système dit « pâturage tournant dynamique », organisation reposant sur des temps courts de présence des animaux avec un chargement instantané très important. Cela a démarré en 2017 pour les brebis et un peu pour les bovins, et sera généralisé en 2018. Cette mise en place s'inscrit dans un projet Européen « LIFE», le programme « Herby », avec un accompagnement technique par la société Innov-Eco2 ; l'objectif est de tendre vers des système 100 % herbe. Des outils de pilotage sont mis en place avec par exemple l'utilisation systématique de l'herbomètre en entrée et sortie des animaux sur chaque parcelle. Par ailleurs, le renouvellement des prairies est accéléré en intégrant des mélanges de graminées et légumineuses, et des cultures « dérobées » fourragères (trèfle d'alexandrie, seigle forestier, navette....) sont semées en été. Marc Bassery a constaté dès la première année de mise en place du dispositif « un énorme gain en autonomie fourragère pour la ferme, beaucoup plus de stock sur pied et des brebis en très bon état ». Ces pratiques sont peu développées sur le territoire. Pour les faire découvrir, des rendez-vous « bouts de champs » sont organisés, avec une dizaine d'éleveurs locaux le matin et des apprenants l'après-midi. A signaler également des parcelles de démonstrations de mélanges prairiaux mis en place avec l'INRA de Toulouse. Ces essais s'appuient sur un outil d'aide à la conception de prairies à flore variée (Capflor®) que Nicolas Cartier trouve intéressant en cours d'agronomie (consulter le protocole d'essai).

     

     

     

    Les lieux de plantation de haies anti-dérive et abris d'auxiliaires pointés par Marc Bassery, directeur de la ferme (Photo C. Durox)
    Le verger, à droite la haie anti-dérive, au fond on aperçoit les ruches « bee-friendly » (Photo C. Durox)

    Malgré le paysage boisé, constat est fait d'une faible densité d'arbres sur les parcelles de la ferme. « Les derniers bosquets existants ont été supprimés il y a cinq ou six ans ». L'arbre et la haie, vus au travers de leurs multiples fonctions, ont été choisis comme entrées privilégiées pour aborder la préservation de la biodiversité avec :

    - l'implantation de 800 m de haies autour des vergers pour la prévention des dérives de produits phytosanitaires lors des traitements et le développement d'auxiliaires de culture.

    - la plantation de châtaigniers, à faible densité dans les parcelles de prairies (5 ha en 2016) et en haie fruitière en bordure de parcelle (voir le plan de plantation).

     

     

    L'établissement dispose déjà d'une petite parcelle de châtaigniers et adhère à la coopérative LIMDOR spécialisée dans les productions de pommes et châtaignes ; il accueille également une station de recherche d'INVENIO pour cette production de pommes et participe depuis un an à un GIEE agroforestier « AgroForEVERI » visant le développement de la culture de châtaigniers dans les systèmes d'élevage. « Une des perspectives est de doubler cette surface, car avec 10 ha, il serait rentable de mécaniser la récolte des châtaignes » évoque Bastien Isabelle, enseignant en élevage. Une réflexion est également en cours pour une haie fourragère à installer en milieu de parcelle.

     

    Par ailleurs, en accueillant des ruches dans le verger depuis 2015, la ferme participe au projet « Bee Friendly » porté également par la coopérative.

     

     

    Pour Delphine Pouil, enseignante en agronomie, « les évolutions de pratiques sur la ferme doivent largement être discutées avec les élèves/étudiants. Ils sont plutôt dubitatifs au départ, puis curieux (phase de réflexion) avant de montrer de l'intérêt quand il s'agit de passer à l'action (plantation). 75 % des élèves sont des filles-fils d'éleveurs. Une partie d'entre eux est peu réceptive quant il s'agit de proposer des manières de produire éloignées des pratiques parentales. Globalement, on calme la critique en montrant que nos démarches s'inscrivent dans des démarches territoriales plus globales ».

     



    Avec les élèves de troisième sur les parcelles d'agroforesterie


    Bastien Isabelle avec les élèves de 3ème dans la parcelle implantée en châtaigniers (photo C. Durox)

      C'est parti ! les 22 élèves de classe de 3ème, pour majorité enfants d'éleveurs bovins et ovins et leur professeur Bastien Isabelle se dirigent vers la prairie implantée l'an dernier. Bastien présente les objectifs de la séance : « pourquoi mettre en place des arbres dans les parcelles ? Comment ? Quels systèmes de protection des arbres ? ». Les élèves ont des avis sur tout ça ; il y a les arguments défavorables « on perd de la place », « s'il y a trop d'arbres, il n'y aura plus assez de lumière pour la prairie », « ça va être chaud pour mettre des céréales », « les animaux pourraient prendre la foudre » ; les arguments pragmatiques « Faut que ce soit rentable », et les arguments favorables « ça peut apporter de l'ombre au plantes et aux animaux l'été », « ça absorbe du CO2 »... L'intervalle entre les rangs, la densité, les rendements espérés, les différents systèmes de protection des arbres (fils électriques, grillages individuels)… sont observés, expliqués ; des références sur l'économie de l'opération sont données. Ces élèves font des remarques éclairées sur des aspects très pratiques et paraissent intéressés par le sujet. Les anciens élèves de 4ème expliquent à leurs camarades leur participation à la plantation des arbres fin 2016.
    Pour Marc Bassery, directeur de la ferme, « la survie de cet outil nécessitait absolument des changements de pratiques avec une désintensification ». (Photo C. Durox)

    Une conjonction favorable pour une mise en action coordonnée

    Au début des années 2010, la ferme était confrontée à des impasses techniques et économiques. La difficulté à améliorer l'état sanitaire du troupeau bovin malgré une multitude d'interventions sanitaires coûteuses financièrement illustre ce nécessaire besoin d'adaptation du système agricole. 

    L'identification des leviers d'action, l'élaboration d'un projet nécessite des temps de réflexion, de construction et de partage avec les personnels de l'établissement impliqués. La première pierre à l'édifice a pu être posée à partir de 2014, grâce au soutien apporté par deux enseignants – Delphine Pouil et Nicolas Cartier, bénéficiant d'un temps dédié à des projets d'animation et développement des territoires (« tiers-temps »). Ce projet, intitulé « Développer et diffuser des pratiques agricoles durables pour le territoire, la santé et la qualité » a permis à l'établissement de renforcer la place de la ferme dans les activités pédagogiques et le lien avec les organisations professionnelles du territoire.

     

    Pour consolider la dynamique, par le dépôt de nouveaux dossiers en 2016 pour lesquels l'établissement a aussi été lauréat : Educ'Ecophyto, un projet « tiers-temps » centré sur l'agroforesterie et un projet CASDAR Transition Agroécologique plus large et fédérateur pour accompagner le nouveau projet d'exploitation. L'arrivée de Marc Bassery en septembre 2015 coïncide avec la mise en route de ces réflexions. Benoît Dieltiens, directeur de l'établissement, relève « le véritable travail d'équipe qui est mené avec l'implication d'un petit groupe d'enseignants et formateurs très motivés. Avec des moyens humains dédiés qui s'arrêtent, ne pas laisser s'éteindre cette dynamique est un enjeu important ». « Des sensibilités convergentes entre les différents acteurs de l'établissement et des salariés qui sont partants pour ce projet sont deux aspects essentiels » complète Marc.

    Chiffres clés de l'exploitation

    • Surface agricole utile : 173 ha
    • 145 ha de prairies
    • 28 ha de cultures dont 18 ha de céréales et protéagineux et 10 ha de maïs destinés à l’alimentation des animaux
    • 120 vaches allaitantes de race Limousine et la suite
    • 200 brebis allaitantes (croisées charolais, suffolk, vendéen)
    • 10 ha de verger de pommes dont 2 ha en conversion bio depuis 2 ans
    • 0,75 ha de châtaigniers
    • 4 salariés, le directeur d'exploitation, 2 saisonniers pour le verger

    Contacts utiles

    MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

    1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP