Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Neuvic - Concilier belles limousines, prairies et chevelus hydrographiques

Juin 2016 - Dominique Dalbin et Jean-Luc Toullec (animateurs des réseaux DGER "Gestion et protection de l'eau" et "Biodiversité")

La ferme du Manus, exploitation de l'EPLEFPA de Haute-Corrèze à Neuvic, développe son action autour de la biodiversité pour une agriculture viable avec trois axes forts : préservation des milieux aquatiques, acquisition de références technico-économiques sur les prairies en pâturage… et valorisation du label « ferme pédagogique ». Le tout avec une intégration très active des apprenants et un partenariat bien développé.

La reconnaissance des plantes de la prairie fleurie
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La ruche pédagogique : où est donc la reine ?

Valoriser la ferme pédagogique

Ce 11 mai au matin, un groupe d'étudiants de BTS GPN attend impatiemment le bus qui amène une quarantaine de bacs pro du lycée agricole voisin de Saint Yrieix. Ils devront, dans le cadre de leur module d'initiative locale « Valoriser l'agroécologie sur la ferme pédagogique du Manus », leur proposer une visite guidée de l'exploitation de l’établissement. Il s'agit de proposer une nouvelle offre d'animation touristique de la ferme du Manus pour les vacanciers ou les touristes, toujours informative pour les participants mais plus ludique.

Clara et Valérie, nos guides, ont prévu cinq postes pour autant de focus :

  • la plateforme de stabulation des bovins, de race limousine (où l'on apprendra que l'exploitation mise sur les traitements préventifs, comme l'analyse des carences en minéraux dans les prélèvements de poils et le renforcement des défenses immunitaires par l'utilisation d'huiles essentielles, en partenariat avec le Comptoir des plantes),

  • la prairie de pâturage (où, après y avoir cherché et distingué les espèces présentes, nous aurons un éclairage sur le lien entre biodiversité et fonctionnalité agricole),

  • le terrier de blaireau (sujet d'étude particulier pour un autre groupe d'élèves de seconde générale, pour allier connaissance et gestion concertée des populations sur le territoire),

  • l'élevage des coqs « de pêche » (élevés pour leurs plumes utilisées pour la confection d'appâts, Neuvic accueillant chaque année le concours national),

  • l'atelier apiculture (où la maquette de la ruche pédagogique fera forte impression auprès de notre jeune public, attaché à retrouver la reine, marquée d'un point rouge, parmi les centaines de butineuses, ouvrières ou gardiennes contenues entre les parois de verre).

Un parcours déjà semé de prairies et de pédagogie

La transition agroécologique de Neuvic ne date pas d’hier. L’établissement a fait partie de l’aventure BiodivEA* (Biodiversité dans les exploitations agricoles) avec 17 autres en France entre 2010 et 2014. Ce fut l’occasion pour l’exploitation agricole de renouveler son projet en intégrant davantage les filières nature-aménagement dans les diagnostics comme dans les actions. L’équipe pédagogique a été pionnière dans la mise en place du concours jury élèves « prairies fleuries », qui se déploie désormais dans toute la France. A Neuvic, travailler avec la nature en comprenant et en intégrant ses fonctions dans la production agricole est à la fois une nécessité et une motivation partagées.

Préserver les cours d'eau en prairies de pacage humide

Après un court répit au restaurant scolaire (où la viande bovine servie provient exclusivement de la ferme de l’établissement), le groupe de St Yrieix reprend sa visite, cette fois c'est Pauline et Rémy qui nous amènent au pré du Ponteil, sur la « scène du crime » ! La victime : le ruisseau et ses berges. Les coupables : les bovins. L'arme : le piétinement. Les mesures à prendre : la mise en défens du cours d'eau. A proximité, nos guides nous présentent alors les aménagements réalisés en 2014 dans un chantier-école par les bacs pro GMNF de Neuvic (complétés par le suivi de dynamique de végétation par les BTS GPN) : clôture des berges avec passage sur pont et abreuvoir aménagé, renaturation du ruisseau et restauration de la ripisylve*. Le débat s'engage entre agriculteurs et écolos, les bacs pro élevage de Saint Yrieix entendent les arguments avancés par leurs aînés : protéger les cours d'eau, c'est finalement de l'eau d'abreuvement plus saine, une meilleure portance des sols et une production fourragère améliorée facilitant le pâturage tournant… Et aussi un financement des travaux à 80 % par l'agence de l'eau Adour-Garonne et par la communauté de communes des gorges de la Haute-Dordogne (via également le conseil départemental et le conseil régional), prenant en compte le temps de travail de l'agriculteur.

Bruno Botuha, le directeur de l'exploitation, confirme : « Nous avons été les premiers sur le territoire de la communauté de communes à nous engager, avec un autre agriculteur, dans des chantiers comme celui-ci. Les premières visites d'agriculteur se sont faites en 2014, et nous aurons fin 2016 vingt cinq projets sur dix-neuf exploitations ! ». Le chevelu hydrographique de tête de bassin-versant est en passe d'être préservé ici… et l'action de Vincent Menessier, le technicien de rivière de la communauté de communes, fait référence. « Une des clés c'est le volontariat » dit-il humblement. Marie-Laure Petit, enseignante en économie, impliquée depuis toujours dans l'intégration de la ferme comme support pédagogique, confirme : « Il y a une vraie satisfaction collective. Et une légitimation de l'importance de cette exploitation pour nos formations nature, 60% des espaces dits naturels en France sont des espaces agricoles ! ».

Enquête sur la « scène du crime » : qui a dégradé les berges et la ripisylve ?
Mise en défens du cours d'eau : le pont...
...et l'abreuvoir aménagé
Une des parcelles de M. Breuil, entre partie sèche et zone humide
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Utiliser les prairies permanentes dans une démarche agroécologique

Le 12 mai au matin, 15 étudiants de BTS GPN et de BTS DATR présentent à Pascal Breuil, agriculteur sur le plateau des Millevaches, le diagnostic qu’ils ont réalisé chez lui en mars et en avril dans le cadre d'un module d'initiative locale « Agroécologie ». En petits groupes, ils ont diagnostiqué quatre parcelles des 210 ha de l’exploitation, pâturés par 106 vaches et 150 brebis limousines et parsemés de zones humides et même de tourbières (sur 80 ha). Les étudiants ont couplé le protocole « état de conservation des habitats agropastoraux » du Museum national d'histoire naturelle avec la démarche agroécologique proposée par le concours « prairies fleuries », qui combine des critères agricoles (valeur alimentaire, productivité, souplesse) et des critères écologiques (diversité, valeur apicole, renouvellement). Quelle conclusion en tirer ? Les étudiants

présentent leur analyse des effets réciproques entre les pratiques et les qualités agroécologiques des prairies. Manifestement, le résultat est bon : « Pascal s’appuie sur la diversité des milieux qui constituent son exploitation » et « le pâturage contribue, dans un contexte territorial très forestier, à la diversité des habitats naturels et au maintien des paysages ouverts ». A la fin, un débat s’engage avec l’agriculteur, très intéressé par les diagnostics et les remarques des étudiants. Deux éléments forts ressortent : le mode de pâturage tournant a permis une gestion et une valorisation optimale de la ressource dans des parcelles hétérogènes, et Pascal Breuil indique que les zones humides constituent ainsi un fourrage indispensable à l’équilibre de son système. Un échange « passionnant et riche d’apprentissages mutuels », note Carine Rougier, enseignante en aménagement, qui permet à des jeunes de la filière nature de découvrir le milieu agricole et de valoriser leurs compétences pour la nécessaire synergie entre agriculture et biodiversité.

A Neuvic, étudiants, enseignants, exploitants et acteurs du territoire démontrent que la production agricole, la biodiversité et la qualité de l’eau sont liées… Et qu’il est non seulement souhaitable mais possible de les concilier, pour un bénéfice mutuel.

Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface totale : 143 ha dont 120 en SAU
  • Troupeau de bovins race limousine, 85 mères : valorisation intégrale du troupeau en vente directe aux restaurants scolaires de l'EPL (Meymac et Neuvic) et du territoire de la communauté de communes
  • Atelier miellerie (150 ruches, objectif 200), vente de miel en direct
  • Atelier "coqs de pêche", vente de plumes en direct
  • Production de jus de pomme, vente en direct
  • Label "ferme pédagogique"
  • Salariés : 2,25 ETP
  • EBE 2015 : 49 027 euros

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