Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Morlaix - Inventer une biodiversité en verger maraicher

Mai 2016 - Jean-Marie Morin (animateur du réseau DGER "FormaBio")

A quelques centaines de mètres du bord de mer, l’EPLEFPA* de Châteaulin-Morlaix-Kerliver met en place un verger maraîcher original en agriculture biologique, à vocation économique, écologique et pédagogique.

Infos complémentaires

Mobiliser les moyens financiers nécessaires et impliquer les équipes de l’établissement

Le conseil régional de Bretagne est le principal financeur dans le cadre du contrat d’autonomie et de progrès des exploitations de lycée, ce qui a permis de rénover l’ensemble de l’outil de production (une classe d’application va aussi être construite sur l’exploitation). Les fonds du CASDAR TAE* servent principalement à la création du verger et à l’animation du projet sur 3 ans.

Mais grâce à l’équipe du site de Morlaix Suscinio, le travail avance : Isabelle Favé en poste à Châteaulin, référente régionale Enseigner à produire autrement et bénéficiant d’une décharge d’un tiers temps sur les espaces test ; Philippe Mahé, chargé du développement et de la production sur l’ensemble de l’établissement ; Sébastien Louarn chargé d’expérimentation sur la plateforme d’expérimentation de Suscinio de l’interprofession bio bretonne, et les enseignants en fonction des thèmes abordés. Le directeur de l’établissement René Vaudouer est aussi fortement attaché au projet : « C'est un bon moyen d’impliquer les différentes filières d’enseignement, indique-t-il. Avec plusieurs productions, les agronomes, les économistes et les écologistes s’y retrouvent ! »

Remettre en état un outil de production vieillissant

Le jeune verger de pommiers avec des cassis sur la ligne.
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Depuis 2000, l’activité maraîchère  bio sur le site de Morlaix Suscinio s’est développée sans investissements conséquents. L'équipe de direction de l’établissement en place depuis 2011 consolide cette activité en réalisant les investissements nécessaires sur le plan matériel (rénovation et création de tunnels maraîchers, nouveaux bâtiments, légumerie…) pour plus d’un million d’euros. Sur le plan humain, les contrats de travail sont consolidés progressivement en CDI et les conditions de travail s’améliorent avec les nouveaux équipements.

Le résultat économique, positif pour la première fois en 2015, est un des premiers signes encourageants. Enfin depuis le 1er janvier 2016, l’exploitation a résilié son contrat d’apport total de ses légumes à la coopérative, retrouvant une liberté de commercialisation notamment vis-à-vis de la restauration collective locale, très demandeuse. Cette dynamique permet de s’inscrire dans des projets expérimentaux propres à l’établissement, qui peuvent mobiliser largement l’équipe éducative : c’est ainsi qu’est né le projet de verger maraîcher en 2014, lauréat du CASDAR* transition agro-écologique.

Créer un système complexe d’agroforesterie et rénover un vieux verger

Philippe Mahé, le directeur de l’exploitation, s’est intéressé depuis longtemps à l’agroforesterie : « C’est en visionnant une vidéo québécoise sur un verger maraîcher que l’idée a germé, nous explique-t-il, les restaurants scolaires nous demandaient des kiwis en plus des légumes, alors on a travaillé cette idée ».

Le technicien arboriculture du GAB* Finistère a proposé de rajouter des pommiers locaux. Une prairie permanente d’un hectare proche des bâtiments est retenue. Le vieux verger de pommes à cidre et à couteau d'un demi hectare est intégré au projet pour le rénover et l'enrichir d’autres espèces fruitières.

Où en est-on au printemps 2016 ?

  • Un comité de pilotage composé du GAB* et de la Chambre du département, de la SEPNB*, d'IBB* et de l’équipe de l’établissement se réunit une fois par an. Les plans de culture et les activités ont été validés.
  • Les kiwis et une partie des pommiers sont plantés. Les courges entre rangs seront installées en fin de printemps.
  • Une partie des vieux pommiers improductifs a été arrachée et est remplacée par des haies de framboisiers en cours de plantation. D’autres espèces fruitières seront intégrées à l’automne.
  • Une étude a été réalisée par des étudiants de la licence professionnelle  ABCD* pour intégrer des poules pondeuses et des oies dans le vieux verger afin d’assurer une partie de l’entretien et du contrôle des parasites.
Plantation de framboisiers dans le vieux verger.
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Les jeunes kiwis démarrent.
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Faire participer le maximum d’apprenants à l’activité agricole

Les trois sites de formation de l’établissement (Châteaulin, Morlaix, Kerliver) participent à la création et à la valorisation de ce projet. Quelques exemples :

  • Les BTS GPN* ont réalisé un diagnostic de biodiversité et mettent en place un sentier découverte.
  • Les enseignants de bac pro production horticole de Châteaulin ont écrit un module d’adaptation professionnel sur l’agroécologie en horticulture. Une partie du module s’appuie sur le verger maraicher de Suscinio.
  • Les secondes en module de découverte font des stages sur l’exploitation.
  • Pour les stagiaires adultes du CFPPA* de Kerliver, le verger maraîcher sera un espace test pour créer des références inexistantes à ce jour dans ce domaine.

L’ensemble de ces classes est aussi mobilisé pour les travaux de création, plantations, études et suivi du verger maraîcher.

Plantation de fruitiers dans les serres
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De nouvelles perspectives : l’agroforesterie sous abri

Le projet doit permettre de créer des références dans ce nouveau domaine même s’il faudra attendre au moins 5 à 10 ans pour que le verger maraîcher soit à son optimum de production. De nombreuses questions se posent encore, notamment sur le choix des indicateurs à retenir pour ces références.

Mais comme souvent cette réflexion a conduit à des actions non prévues : Les serres de légumes sont sur la voie de l’agroforesterie avec des plantations entre les poteaux, d’aromatiques, de pêchers, de citronniers, d’arbre à tomates…

Philippe se réjouit : « Il y a 5 ans, je faisais systématiquement des lâchers d’auxiliaires pour contrôler les prédateurs, maintenant je n’en lâche pratiquement plus : l’écosystème en place avec ces cultures pérennes sert de réservoir naturel à auxiliaires ».

Chiffres clés de l'exploitation

  • SAU : 18 ha dont 8000 m2 sous abri
  • Productions : légumes 10 ha (pomme de terre, choux, courges et légumes diversifiés)
  • Céréales 3 ha, prairies 2 ha et verger 1,5 ha
  • Salariés : 3,6 ETP dont 2 en emploi aidé
  • CA 2015 : 100 000 €

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