Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Redonner une valeur à l'arbre champêtre en élevage

Décembre 2017 - Claire Durox et Jean-Luc Toullec, animateurs Réso’them de l'enseignement agricole

Quatre établissements d’enseignement agricole de l’est de la France(1) se sont associés autour d’une même volonté : valoriser leur patrimoine arboré, dans des contextes d’élevage différents. Comment ? En évaluant mieux et en optimisant les services écosystémiques, pour la production agricole, la ressource en bois et le territoire. Zoom sur l’action technique et pédagogique mise en place sur Mirecourt.

 (1) EPLEFPA des Vosges, Mirecourt – EPLEFPA de Meurthe et Moselle, Pixérécourt – EPLEFPA de Haute-Marne, Chaumont – EPLEFPA de Fontaines Sud-Bourgogne, Charolles et Fontaines.

Un des arbres remarquables du domaine géré par la ferme de l'EPL des Vosges, sur la commune de Villers (Photo : JL Toullec)

Partager des regards différents sur les arbres champêtres

Interventions de Jean-Michel Escurat en BTS ACSE et...
(Photos : JL Toullec)
...en BTS Gestion Forestière : quelle place pour l’arbre champêtre ?

« Il faut du matériel pour l’entretien », « ça prend du temps », « il y a des avantages pour l’élevage : abri, ombre », « les haies peuvent jouer un rôle médicinal, contre le parasitisme ». Ainsi s’expriment les BTS ACSE* de Mirecourt quand on leur parle d’agroforesterie et de haies. Les élèves de seconde professionnelle travaux forestiers ont un point de vue différent : « il faut bien du bois pour faire des manches », « la taille de formation est nécessaire pour que la haie respire et pousse normalement », « réfléchir avant de couper ». Robin Drieux, étudiant en BTS Gestion forestière, remarque que « les arbres champêtres peuvent jouer un rôle important pour atténuer le réchauffement climatique et s'y adapter ». Comme le dit Jean-Michel Escurat, enseignant en aménagement forestier, il faut resituer ces réactions dans leur contexte : « Dans les Vosges, l’arbre est surtout forestier, et l’arbre champêtre est très peu valorisé, par les forestiers comme par les agriculteurs. D’autant plus qu’il y a un recul de l’élevage, et de grosses différences entre la plaine (peu boisée) et la montagne ».  Pour agir, il est donc nécessaire de bien partir des représentations des apprenants, des enseignants, et des acteurs du territoire.

L’arbre, une ressource multiple dans un système pâturant

Les arbres champêtres, une protection naturelle pour les animaux, répartie sur l’exploitation (Photo : JL Toullec)

Quand Franck Sangouard, le directeur de l’exploitation agricole, parle des rôles des arbres et des haies, il fait le lien avec le système d’exploitation choisi, très pâturant. Ainsi, il évoque « la première raison qui est d’abriter le bétail, pour le confort de nos animaux, leur état sanitaire, et donc pour notre vision du métier d’éleveur. » Il évoque par exemple l’importance de l’abri des haies pour la tranquillité de la reproduction des brebis. Puis il rajoute l’intérêt pour la lutte contre l’érosion des sols et le ruissellement de l’eau dans les parcelles d'élevage de porc plein air, dans cette vallée proche de l’agglomération, sensible aux inondations. « Troisièmement, on n’est pas insensible aux oiseaux et à la petite faune, et c’est agréable de travailler dans un univers riche en biodiversité ». Jean-Michel et Franck évoquent aussi des petites attentions ou des usages qui contribuent à une qualité du cadre de travail pour les 7 salariés de l’exploitation : les fruits à croquer au cours du chemin, l’huile de noix, les abeilles des deux ruches qui butinent dans les haies, le miel à se partager… Qu’en disent les agriculteurs du territoire ? « Il y a 5 ans, l’idée de réimplanter des arbres faisait rigoler, mais, le réchauffement climatique démontre l’utilité des arbres comme abri, voire même pour l’alimentation des animaux ». Ainsi, leur intérêt pour compenser une partie des émissions de gaz à effet de serre ressort bien   dans les résultats du diagnostic pour le plan carbone de l'atelier lait (projet LIFE Carbon Dairy – 66% des émissions compensées). 

Quelle est la perception des habitants, des visiteurs, de ceux qui viennent au magasin de l’exploitation ? Franck « imagine que cela a un impact positif sur leur vision de l’exploitation », même si la première enquête auprès des consommateurs a montré que leur acte d’achat n’était semble-t-il pas influencé par la présence d'arbres ou de prairies (travail d'un groupe de licence pro « gestion durable des espaces forestiers et développement local ») … Jean-Michel confirme : « Même si cette étude est à approfondir, cela montre bien que nous ne communiquons pas assez sur ce que nous faisons ! »

Les 4 axes du projet de Casdar transition agroécologique :

  • Finaliser les méthodes de diagnostic des éléments arborés, et tester la méthode sur les établissements partenaires
  • Recenser et synthétiser les éléments scientifiques et techniques sur les interactions arbre – herbe – animal – humain
  • Accompagner les projets de transition agro-écologique des exploitations
  • Développer des outils de valorisation vers les partenaires et de formation à destination des apprenants.
  • Pour un plan de gestion des haies opérationnel et pédagogique

    Les haies offrent de nombreuses situations d'apprentissage pour les formations forestières, mais aussi agricoles (Photo : JL Toullec)

    Depuis 2015, l’équipe s’est lancée dans la réalisation d’un plan de gestion des haies, avec une volonté clairement affichée de mieux valoriser économiquement les bois et de mieux la concilier avec les autres fonctions des arbres (abri, lutte contre l’érosion, cadre de travail, biodiversité, ...). Un travail très important de diagnostic et de plan d’action a été réalisé sur les 21,6 kms, notamment avec l'appui de stagiaires et d'étudiants, allant jusqu’à la programmation des coupes et la plantation future de quelques km supplémentaires, sans doute fruitières, peut-être mellifères voire truffières, pour améliorer les connections écologiques.

    « Avant de planter, il s’agit de bien gérer l’existant ». Jean-Michel constate que ce plan n’a pas été réellement approprié par les salariés ni par l’équipe enseignante, étant sans doute trop complexe. C’est pourquoi le projet vise justement à retravailler le diagnostic, opérationnaliser le plan de gestion en intégrant mieux les usages et les préoccupations des salariés : réaliser des cartographies simplifiées, passer de 25 à 15 types de travaux, organisés par année et accompagnés de fiches techniques et de conseils de gestion concrets.

    De même, les équipes pédagogiques sont associées au diagnostic ou à l'entretien à travers la mise en place de modules spécifiques et de séquences pédagogiques. En bac pro agricole, le MAP* agro-écologie permet d’aborder l’agroforesterie.  Cette année, les apprenants ont beaucoup questionné sur l’adaptation des exploitations au changement climatique. En bac pro forêt, dans le cadre de l’EIE* bois-énergie, les élèves réalisent des inventaires d’arbres et des chantiers d’élagage ou de taille de formation des arbres.  L’exploitation constitue un formidable « terrain de jeu » pour les deux filières.

    Le module de formation"bois-énergie" en seconde professionnelle nature, jardins, paysage et forêt


    Depuis 2010, ce module local pluridisciplinaire sur une énergie renouvelable est proposé au rythme de 3 h / semaine, en lien avec la vente d'environ 300 T / an de plaquettes bois énergie par l'exploitation (soit environ 15 000 € /an). Au menu : visites, études de terrain, enquêtes, interventions d'acteurs de la filière et du territoire... Les jeunes apprennent à distinguer les différentes formes de bois énergie et de chaudières, et acquièrent des repères sur la mobilisation durable de cette biomasse. Ce travail est valorisé auprès d'autres classes et lors des portes ouvertes.

    Des perspectives locales, régionales et nationales

    Temps d’échange : quelle place pour la régénération naturelle dans le mode d’entretien ? (Photo : C Durox)

     

    Les idées pour l’avenir touchent surtout à une meilleure valorisation des actions et une plus grande implication des acteurs : les trois autres établissements (Fontaines, Pixérécourt et Chaumont), les salariés d’exploitation, les agriculteurs et d’autres acteurs du territoire. Ainsi, Thomas Lacroix, de la chambre d’agriculture, dit être « intéressé dans le projet s'il peut faire connaître des références sur les arbres, vulgariser des outils de diagnostic opérationnels. J’ai des appels d'agriculteurs qui veulent se lancer dans de l’agroforesterie intraparcellaire, alors qu'ils ne gèrent pas encore de façon optimale l'existant de haies et qu’ils ont beaucoup de ripisylves. » Les problématiques de ressource en eau sont également une porte d’entrée  vers les agriculteurs. 

    D’un point de vue pédagogique, Lucille Genay, apprentie ingénieur en appui à la coordination du projet, va chercher à impliquer davantage le CFA et le CFPPA dans l’action, sous forme d’un appel à projets pour l’année scolaire. Au niveau régional comme au niveau national, ces actions vont alimenter les références techniques et pédagogiques sur les systèmes agroforestiers, y compris pour le groupe de travail national de l’enseignement agricole sur la gestion multifonctionnelle des haies, auquel Mirecourt est associé.

    Zoom sur un partenaire : l'établissement de Fontaine / site de Charolles (71)


    La ferme ovine de Charolles est en zone de bocage dense (196 ml/ha sur la ferme) mais ce sont souvent des haies basses à rôle de clôture, taillées au carré par habitude et finalement peu multifonctionnelles. Depuis 2010, Jean-Baptiste Gougeon, l'ancien directeur d'exploitation, posait le problème de leur rôle insuffisant pour l'ombrage des animaux et l'abri contre le vent ; leur entretien était aussi une forte charge de travail... Un premier plan d'amélioration du patrimoine boisé a été fait avec l'ONF en 2012. L'objectif est d'élargir et de faire monter une bonne partie des haies (ce qui sera favorable à la biodiversité et à la réduction du temps d'entretien), de produire plus de bois déchiqueté (passer d'une charge à un produit, pour la litière ou le bois énergie), de restaurer les ripisylves... "Participer à ce projet avec Mirecourt permet de mieux se réapproprier techniquement et pédagogiquement ce plan de gestion que l'on a eu du mal à mettre en œuvre au début" conclut Agathe Chevalier qui reprend l'exploitation depuis septembre 2017.
    Les arbres autour du siège d’exploitation : une composante essentielle du paysage et de la fonctionnalité agricole (Photo : C Durox)

    Chiffres clés de la Ferme de Braquemont, EPL des Vosges à Mirecourt (88)

    • Exploitation en poly-élevages, 360 ha de SAU (6 ha cultures), dont 160 en Hautes Vosges
    • Surfaces et ateliers bovins en conversion AB depuis 2016
    • 21,6 km de haies sur 189 ha dans la partie plaine, soit 114 ml/ha de SAU
    • 380 000 L de lait (70 VL croisées 4 voies : jersiaise, brune, holstein, montbéliarde)
    • viande bovine (20 VA Salers)
    • viande ovine (900 brebis Romanes)
    • viande porcine (400 porcs/an - plein air)
    • viande de volailles (6 000 poulets et pintades /an)
    • Transformation d'une partie de la viande et commercialisation en point de vente collectif
    • Plaquettes de bois énergie : environ 300 T/an
    • 9 ETP
    • Chiffre d'affaire 2016 : 750 000 €

    Contacts utiles

    MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

    1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP