Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

A La Germinière, l’arbre est un beau symbole de la durabilité !

Mai 2017 – Philippe Cousinié (animateur réseau "Agronomie - Ecophyto" DGER/BDAPI) et Claire Durox (animatrice réseau " Energie" DGER/BDAPI).

 

Les élèves de l’EPLEFPA de La Germinière (Le Mans) ont participé à une première plantation intra-parcellaire d’arbres de haut-jet en décembre 2016. Les arbres sont protégés des bovins par des clôtures électriques sur 8,5 ha. L’agroforesterie, étendue bientôt à 19 ha (2018), contribue au bien-être animal et aux services écosystémiques rendus en milieu périurbain.

Plantation d’arbres de haut-jet et gainage pour la protection électrique, photo Ph. Cousinié

Un projet agroforestier fédérateur ancré dans son territoire

 

La création d’un GIEE d’agroforesterie réunissant 7 agriculteurs locaux a contribué à la concrétisation du projet  de La Germinière en 2015, après l’arrivée en 2013 d’une nouvelle directrice d’exploitation, Céline Fraysse et du directeur de l’EPL, Dominique Aubine. La réflexion commune avec notamment la chambre d’agriculture a permis de rendre sa place à la thématique arbre au sein des formations agricoles du lycée (Bac pro CGEA, AE, STAV, BTSA GF et ACSE). C’est ainsi que les élèves du BTSA « gestion forestière » ont élaboré les grandes lignes d’un projet en 2014, validé par l’équipe pédagogique. Il s’agit désormais d’enseigner les services apportés par les arbres tout en transmettant aux filières agricoles des bases de la sylviculture pour apprendre à les planter et les entretenir. Toutes les disciplines ont été ou seront sollicitées pour divers diagnostics et suivis : gestion forestière (plan de plantation et choix des espèces), zootechnie (observation des animaux), agronomie (diagnostics sols et cultures, paysage), biologie (biodiversité), agroéquipement (adaptations des outils), éducation socio-culturelle (impacts socio-économiques et communication).

Le GIEE Agroforesterie et la chambre d’agriculture
Dans ce territoire encore partiellement bocager, des savoir-faire sur l’arbre ont disparu avec un bocage vieillissant et parfois exploité de manière non soutenable. Le GIEE porté par la chambre d’agriculture 72 et intitulé « concevoir à l’échelle de l’exploitation un système agroforestier doublement performant » a démarré en 2013 et vise une gestion durable de ces systèmes. Constitué sans l’établissement au départ, il y a depuis des échanges techniques. Le cas mis en place à La Germinière a la particularité, pour la première partie implantée, d’être de l’agroforesterie sur pâturage tournant dynamique avec des arbres fortement protégés. Il contribue, aux côtés des exploitations du GIEE et d’autres du département, à apporter des références aux agriculteurs.

Un système agroforestier bovins-lait avec des arbres « parasols » et « brumisateurs »

 

« La particularité de ce système agroforestier est d’avoir été conçu pour du très long terme (100 ans) en travaillant sur des extrêmes (climat et contraintes diverses) et en se basant sur les trois volets de la durabilité», nous dit Philippe Guillet, conseiller agroforesterie et bocage de la chambre. 191 arbres ont été plantés pour 14 espèces (chênes chevelu, pubescent, rouvre et sessile ; noyer hybride, orme Lutèce, châtaignier, érable, alisier, cormier, poirier, tilleul, boulot blanc et merisier), réalisée sur prairie permanente. Les critères ont été pensés sur le plan génétique (plants locaux), la résilience (choix d’espèces adaptées au changement climatique), la pédologie (pH 5,5), la biodiversité (six essences mellifères) et les services écosystémiques (notamment l’ombrage et l’esthétique). Les arbres auront la capacité de tempérer le climat par ombrage (effet « parasol ») et de l’humidifier (effet « brumisateur » avec un potentiel de 200 à 300 litres d’eau évapotranspirés par arbre adulte et par jour).

« Nous avons choisi les implantations avec un objectif d’intégration paysagère des bâtiments ; et les distances inter-rangs de 26,25 m par 8,25 m entre deux arbres sur ces prairies ont été conçues pour le passage de machines agricoles en cas de rotation de cultures », détaille Candice Hailleret, qui a repris la direction de l’exploitation depuis septembre 2016. Les élèves de bac pro « agroéquipement » ont mis en place un gainage à la plantation enfoui à 30 cm pour protéger les arbres par des clôtures électriques autour des piquets en encadrant chaque plant (sous-soleuse draineuse conçue pour le lycée par la société Rabaud).

 A l’arrivée du printemps 2017, les vaches Holstein (en pâturage tournant dynamique) ont pris possession de leur nouveau domaine et ont été observées de près par les élèves afin d’étudier leurs comportements. Un travail superficiel du sol (appelé cernage) sera réalisé au cours des premières années pour obliger les racines à pénétrer en profondeur.

La société Rabaud, partenaire du projet a adapté la sous-soleuse pour poser les gaines électriques nécessaires au pâturage tournant dynamique. (Photo C. Durox)
Les élèves utilisent un gabarit pour la bonne disposition des protections d’arbres. (Photo C. Durox)
Le Module d’Initiative Locale « l’arbre hors forêt » du BTSA Gestion Forestière
Ce module de 47 h est réparti sur trois semaines. Il a été complètement orienté en 2016 sur l’étude du projet d’exploitation de La Germinière. Deux premières phases de bibliographie et de visites de projets (dont certains du GIEE pour avoir des références en système bovin lait et volaille de Loué, et leurs enjeux spécifiques de protection des arbres) ont alimenté ensuite une étude stationnelle et une analyse des objectifs et contraintes de l’exploitation. Philippe Amiot, enseignant en gestion forestière, précise « Les BTS ont abouti à des propositions d’implantation sur trois zones (prairies, parcelle en céréales et parcours volaille). Ils ont présenté ces pistes aux étudiants de la filière agricole et cela a aussi été rediscuté avec la directrice d’exploitation, les enseignants d’agroéquipement et la chambre d’agriculture… Une des promotions précédentes avait travaillé sur un inventaire des haies existantes et eux devraient finaliser un plan de gestion pour le printemps 2017 ».
La plantation des arbres : un sur deux est un chêne car c’est l’essence la plus résiliente. (Photo C. Durox)

Un travail pédagogique inter-filières

 

Pour Nathalie Gay, référente agro-écologie de l’établissement et enseignante en BTS ACSE, « un des points forts dans ce projet sur la ferme est le travail interfilières qui croise les compétences des élèves en agroéquipement, agriculture et gestion forestière » ; même s’il y a sûrement à progresser encore dans les échanges pour que chaque classe situe mieux sa contribution dans le projet global agro-écologique de la ferme et dépasse certaines idées reçues persistantes (comme par exemple l’inutilité de l’arbre dans les  zones en grandes cultures).

Ce projet concret est une situation d’apprentissage riche qui permet de travailler de nombreuses notions :

  • tant sur « la reconnaissance des végétaux, le lien entre les choix d’essences et les sols, les techniques de plantation, la multifonctionnalité des arbres… » liste Mathieu Rebendenne (enseignant en filière forestière)
  • que sur la « compréhension du fonctionnement d’un agro-écosystème, le potentiel de diversification du revenu par le bois d’œuvre, l’intérêt des arbres en élevage, et des bases sur la sylviculture pour les filières agricoles  » ajoute Nathalie Gay,

·   ou sur le lien agroéquipement au service de l’agro-écologie et la réflexion sur les impacts de l’arbre sur le sol (décompaction, circulation d’eau…) pour les élèves en agroéquipement qui ont préparé la plantation. L’utilisation d'un tracteur doté de guidage GPS avec correction RTK (Real Time Kinematic, ou cinématique en temps réel) a permis d'effectuer le traçage de lignes, en même temps que la pose des gaines électriques de protection des arbres. Cet équipement a permis aussi de repérer la position de chaque arbre par le traçage de lignes selon un angle de 90° par rapport aux premières.

L’agriculture de conservation à La Germinière
Même si le labour est encore très pratiqué en Sarthe, des groupes d’agriculteurs accompagnés par la chambre d’agriculture ou par l’association BASE ont déjà des expériences à partager pour imaginer d’autres systèmes préservant le sol par des rotations plus longues, des couverts végétaux et des outils de travail simplifié. L’établissement s’est entouré de leur expertise pour aller vers l’agriculture de conservation, un projet animé par Joël Busson, dans le cadre d’un tiers temps sur l’ agroéquipement au service de l’agro-écologie. En synergie avec l’agroforesterie, «ces nouvelles pratiques devraient permettre d’enrichir le sol en carbone organique, notamment en renforçant l’activité biologique, et d’améliorer ses capacités d’absorption d’eau par exemple.» développe t-il.
Vaches Holstein (noire et red) à l’herbe ensilée et nouvelle étable, photo Ph. Cousinié

Un projet impulsé pour créer des dynamiques d’équipes

Pour Dominique Aubine, « L’appui par des fonds CASDAR TAE a été un facteur déclenchant pour faire avancer des groupes de travail au service d’une action ». Le projet agroforestier s’est concrétisé avec d’autres avancées de l’exploitation comme la nouvelle étable (photo ci-dessous), la généralisation de l’agriculture de conservation, l’implication dans un groupe DEPHY-ferme fin 2015, et le projet d’établissement (rénovation d’un hall technique d’agroéquipement financé par la région, l’obtention d’un tiers-temps en agroéquipement).

Le projet agroforestier se poursuit en 2017 avec une nouvelle production de poulets de Loué associée à des parcours naturels sur 4 ha avec de nouvelles plantations (bosquets et haies sur 600 m). En 2018, l’agroforesterie s’étendra avec 6,5 ha de prairies, prolongeant ainsi la plantation de 2016. Pour Philippe Guillet (CA 72) « la formation pour enseigner l’arbre est un maillon fondamental d’une stratégie durable à très long terme. »

Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface totale : 125 ha (sur 2 sites, 54 ha à Rouillon et 72 ha à Aigné, à 18 km)
  • Polyculture-élevage avec 65 vaches prim’Holstein
  • Prairies
  • Grandes cultures (2 rotations blé-maïs-maïs et luzerne (4 ans)-blé-orge-pois ou féverole-blé-colza)
  • Main d'oeuvre : 3 ETP (2 salariés et la directrice d’exploitation)
  • CA 2015 : 231.000 €

Contacts utiles

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP