Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

L’agro-écologie fait son chemin en Franche-Comté

Jean-Marie Morin, Claire Durox, Animateurs réseaux DGER/BDAPI

Comment aller vers l’agro-écologie dans les systèmes d’élevage franc-comtois ? Les quatre EPL de la région testent des innovations, passant de la modification des chemins d’accès au pâturage au semis direct sous couvert, en impliquant les élèves et la profession.

Nouveaux chemins d'accès aux pâtures (crédit photo : Sophie de la Serve)

Une remise en cause des systèmes laitiers franc-comtois

« Coincé entre une entreprise classée Seveso, la voie de chemin de fer, la quatre voies et l’autoroute, çà fait déjà beaucoup, alors avec la fin des quotas….. » s’exclame Laurence Maire-du-Poset, la directrice de l’exploitation du lycée agricole de Dannemarie sur Crète, près de BesançonEn dehors des zones de productions de fromages sous appellation contrôlée, tels que le Comté, les élevages qui produisent du lait standard avec une part importante d'ensilage de maïs sont confrontés à de réels problèmes économiques.  « C’est pourquoi il est important de réfléchir aux systèmes présentés à nos élèves » renchérit Sophie de La Serve, cheffe de projet sur l’établissement. Elle  accompagne les trois élevages régionaux de l’enseignement agricole (Montmorot, Vesoul et Besancon) pour faire face à la fin des quotas.

Plus d’infos sur le projet http://www.adt.educagri.fr/?id=169&uid_dossier=101

 

 

De nouveaux chemins pour les vaches

Couverture de l'aire d'exercice (crédit photo : Jean-Marie Morin)

« L’aliment le moins cher, c’est l’herbe que la vache va manger dans la prairie. » nous rappelle Laurence. Partant de ce constat, elle et son équipe, accompagnés par la cheffe de projet et le groupe herbe régional (piloté par la chambre régionale d'agriculture de Bourgogne Franche-Comté),  ont repensé l’organisation du parcellaire de pâturage autour du bâtiment. Ils ont créé des chemins pour rendre plus accessibles les parcelles  et ainsi permettre une meilleure alternance entre prairie de fauche, prairie de pâturage ou pâturage jour/nuit et les cultures nécessaires à l'alimentation du troupeau : maïs, orge.

En parallèle, la fosse à lisier et l’aire d’exercice de la stabulation des vaches laitières ont été couvertes, permettant ainsi d’éviter la dilution du lisier et donc de mieux valoriser les effluents d’élevage. L’autonomie alimentaire du troupeau, levier économique indispensable, est améliorée par les intercultures telles que le ray grass italien et le trèfle incarnat. Et en limitant l’érosion du sol et les fuites de nitrates, ces intercultures agissent comme levier agronomique et écologique.

Semer sans labourer, est ce bien raisonnable ?

Les engrais verts ne sont qu’un aspect de la meilleure prise en compte de la protection des sols : « Depuis plusieurs années, nous sommes en techniques culturales simplifiées sans labour pour l’ensemble du parcellaire  ». s’enthousiasme Laurence.   «  La vie biologique des sols est un point essentiel pour notre exploitation,-comme le souligne Sébastien Bainier, le vacher,- nous avons voulu aller plus loin et tester le semis direct sous couvert en comparaison avec les techniques sans labour seules. »

Déjà, l’EPL de Vesoul travaille ces techniques en collaboration avec la chambre d’agriculture. Il s’agit de semer directement, notamment le blé après soja, d'assurer une couverture permanente du sol et d'allonger la rotation. En simplifiant : faire travailler les vers de terre plutôt que la charrue !

Plus qu’une technique, c’est un travail de fond sur l’agronomie qui se met en place : « Trois enseignants sont venus pendant les vacances scolaires pour un tour des parcelles de l’exploitation de Dannemarie avec un pédologue de la chambre régionale d’agriculture. Nous avons pu discuter de la structure des sols et de l’influence des pratiques culturales sur cette structure » apprécie Sophie, la cheffe de projet. « Combiné à des analyses fines de matière organique, cela nous permet d’aller plus loin sur la vie biologique du sol » précise Grégory Choux, directeur de la ferme à Vesoul.

Le raisonnement agronomique, quelquefois oublié ces dernières décennies, reprend sa place. L’EPL de Vesoul a ainsi mis en place une plateforme sur le travail du sol avec comparaison d’itinéraires techniques, de matériels, de rotations. Cette plate-forme fonctionne en réseau avec d’autres sites suivis par les chambres d’agriculture et les coopératives de Bourgogne et Franche Comté (réseau ARTEMIS).

 

 

L’innovation la plus importante en agro-écologie : Développer sa capacité d’observation !

Toit végétalisé à Mancy et prairies bios (crédit photo : Jean-Marie Morin)

 “Les élèves ont plutôt la fibre “éleveur”. L’enjeu est de leur montrer que l’herbe c’est une culture comme une autre, qu’il ne s’agit pas de simplement passer un coup de broyeur pour gérer les refus, qu’on peut faire du lait de qualité et pas cher.” précise Julia Fleury directrice de l’exploitation à  Montmorot. Avec les enseignants et Jura conseil élevage, elle leur fait mesurer la pousse de l’herbe grâce à un herbomètre. A raison d’une demie journée d’observations par semaine pour les 30 hectares de prairies, ces élèves de BTS proposent ensuite les décisions techniques (fauche, pâture) en les argumentant.

 

 

Mesure des valeurs fertilisantes du compost à Mancy, mise en place des expérimentations auprès des salles de classes à Vesoul, stages pratiques sur les exploitations, autant d’occasions pour les élèves d’observer, de discuter, de réfléchir à l’agriculture de demain.

Contacts

-   EPL de Dannemarie-sur-Crête : Laurence Maire du Poset, directrice d’exploitation, laurence.maire-du-poset@educagri.fr

-       EPL de Vesoul : Grégory Choux, directeur d’exploitation, gregory.choux@educagri.fr et Diane-Marie Lubac, enseignante d’agronomie et tiers temps, diane-marie.lubac@educagri.fr

-       EPL de Mancy Lons le Saunier : Laurent Petat-Lenoir, directeur de l’atelier hippique, laurent.petat-lenoir@educagri.fr

-       EPL de Montmorot : Julia Fleury, directrice d’exploitation, julia.fleury@educagri.fr et Vincent Chaverot, enseignant d’agronomie et référent agro-écologie, vincent.chaverot@educagri.fr 

 Sophie de la Serve, cheffe de projet sophie.de-la-serve@educagri.fr pour les quatre établissements

Chiffres Clés (Dannemarie)

 Référence administrative : 315 211 L de lait. Production annuelle : 340 000 L (vente directe

au lycée et alimentation des veaux)

SAU : 98 Ha dont 60% en herbe

Ateliers : Lait,, activité porcine à dimension pédagogique et héliciculture

Main d’oeuvre : 3,5 UTH soit 4 ETP + élèves en stage en permanence sur l’exploitation