Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

La transition agro-écologique : une opportunité pour la ferme et les élèves du lycée agricole de Fontaines

Février 2017 - Emmanuelle Zanchi et Karine Boutroux (animatrices des réseaux DGER "élevages" et "alimentation")

Faire de son exploitation “un laboratoire de la transition agro-écologique en polyculture élevage” : ce projet, CASDAR Transition Agro-Ecologique, portée par l’EPL de Fontaines, a nécessité une année d’appropriation par les équipes de l’établissement. Aujourd’hui, les chantiers techniques et pédagogiques sont lancés.

Un engagement de longue date en agro-écologie

Gestion agroécologique des prairies : une étape du sentier de la biodiversité ordinaire -
Photo K. Boutroux

L’établissement n’a pas attendu ce projet de 2014, pour engager des actions dans le sens de l’agro-écologie. Pilote pour le développement durable dans les années 1990 avec notamment le développement du pâturage pour les vaches laitières et la plantation de haies, l’établissement poursuit dans l’action BiodivEA. L'équipe mobilisée travaille sur la place de l’arbre et des infrastructures agro-écologiques dans le système de production. Ces actions s’appuient sur l’exploitation.  

Pour être représentative des productions locales, la ferme cumule les ateliers d’élevage : vaches allaitantes charolaises, vaches laitières, volailles de chair et conforte la vente directe.

Son fonctionnement devient complexe. « J’avais l’impression que les décisions que je prenais étaient plus subies que choisies » explique Marc Bernus, directeur de l’exploitation. Le constat est partagé dans l’équipe sur les fragilités de l’exploitation : l’organisation et les conditions de travail, la valeur ajoutée des productions.

Fort de ce constat, Guillaume Dupuits, directeur adjoint de l’EPL propose d'«Utiliser la démarche de transition agro-écologique pour corriger ces fragilités et développer de nouvelles pratiques pédagogiques pour Enseigner à Produire Autrement ».

Un axe phare du projet : repenser le pâturage des vaches laitières

Une gestion de la prairie à optimiser

« A Fontaines, les vaches laitières ont toujours pâturé » affirme Jean-David Chevallier, salarié de l’exploitation depuis six ans. Dans l’exploitation, les objectifs de production laitière étaient clairement définis. Pour assurer une production de 8000 kg de lait/VL, les vaches entraient dans les parcelles quand la hauteur d’herbe était de 10 à 12 cm, elles sortaient quand l’herbe avait diminué de moitié, puis les refus étaient broyés. Un pâturage tournant fidèle aux préconisations des ouvrages classiques d’agronomie.

Des contraintes d’organisation du travail ont modifié cette organisation instaurant des parcelles de nuit et de week-end, proches du bâtiment. « On voyait bien que ça usait les parcelles mais ce n’était pas un problème, les prairies étaient intégrées à une rotation avec des céréales et du maïs, on en réimplantait régulièrement » explique Jean-David. Sans que cela soit tabou, les pratiques du pâturage et leurs impacts n’étaient pas discutés au sein de l’équipe de l’exploitation.  

Prendre du recul : une nécessité

Un regard neuf est devenu indispensable car le système fourrager est la clé de voûte du fonctionnement de l’exploitation. Financée par la CASDAR TAE, l’intervention de Scopela, société coopérative de conseil et formation en agriculture et environnement, va permettre à l’équipe de s’interroger sur les ressources fourragères disponibles dans l‘exploitation. La méthode du réseau « Pâtur’Ajuste » est appliquée et permet de mieux comprendre et de piloter les préférences alimentaires du troupeau au pâturage. Les parcelles ont été divisées, elles sont affectées au troupeau en fonction de la pousse de l’herbe, de la portance des sols et des besoins des animaux. Même s’il n’y a pas encore de conséquence directe sur l’organisation du travail Marc est confiant : « on va gagner du temps car d’autres animaux vont pouvoir profiter du pâturage, les vaches taries resteront moins dans le bâtiment, le temps de distribution de l’alimentation va diminuer tout en conservant un niveau de production laitière satisfaisant puisque nous sommes capables de produire 26 kg de lait par jour à l’herbe». Pour Jean David, le changement va au-delà de l’organisation du pâturage « Avant, je ne me posais pas vraiment de question mais on perdait de l’herbe. Aujourd’hui, je fais davantage de choix dans ma gestion parcellaire et mon objectif est d’être autonome dans le domaine alimentaire et dans mes prises de décisions ».

« Les refus ne sont plus un problème. Avant, on les broyait, on avait du mal à accepter des refus par manque de connaissance. J’ai compris que l’on pouvait les laisser dans une parcelle car ils permettent le resemis» souligne Jean-David - Photo : EPL de Fontaine

Une appropriation pédagogique à petits pas

S’impliquer pédagogiquement dans une exploitation complexe n’est pas facile, ni pour les élèves, ni pour les enseignants. Pour y remédier, depuis septembre 2016, rendez-vous est pris, chaque semaine entre l’équipe de direction, les salariés de l’exploitation, les enseignants et les formateurs. Le format oblige à l’efficacité. En 45 minutes, la présentation des activités passées et à venir de l’exploitation laisse très vite la place à des échanges sur les choix techniques. Pour Guillaume et Marc, les objectifs sont clairs. Il s’agit d’alimenter les réflexions en mobilisant les enseignants et leurs classes mais également d’acquérir une culture partagée autour de l’exploitation.


De nouvelles actions pédagogiques voient le jour

En janvier, Joris Deville, Emmanuel Poulleau, enseignants techniques, et l’équipe de l’exploitation, ont passé commande aux étudiants de 2ème année de BTS ACSE. Ils devront établir un diagnostic, proposer des stratégies pour valoriser l’atelier bovins allaitants. Pour Joris, s’approprier le fonctionnement d’un atelier permet d’envisager la globalité du système d’exploitation. « Les échanges amorcés en réunion d’exploitation et ce travail des étudiants permettent à toute la communauté éducative de s’investir, et de s’approprier l’exploitation ». Nul doute que la présentation des résultats en conseil d’exploitation sera un moment fort.

Sonia Desserprit, enseignante en productions animales, a redéfini, pour le bac pro CGEA, les objectifs du stage dans l’exploitation du lycée : Ils s’appuient sur les situations professionnelles significatives et déclinent plus précisément les compétences recherchées. Chaque élève doit, à l’issue du stage, élaborer deux fiches d’expérience, à présenter en classe, véritables relais entre l’équipe de l’exploitation et les enseignants.

D’autres chantiers vont être entrepris en 2017 pour améliorer le pilotage de l’exploitation et les prises de décision en continuant d'y intéger élèves et étudiants. Ils s’articulent autour de l’adaptation de la comptabilité de l’exploitation vers une comptabilité analytique et la définition d’indicateurs.


Finalement, les équipes de l’exploitation et les équipes pédagogiques trouvent un intérêt commun au pilotage stratégique de l'exploitation vers plus d'agro-écologie et permet aux élèves d’acquérir des compétences en ce domaine.

Chiffres clés des exploitations

  • Surface totale : 150 ha (3/4 de prairies, en majorité temporaires)
  • 70 vaches laitières montbéliardes
  • 30 vaches allaitantes charolaises
  • environ 7000 volailles/an commercialisées en vente directe
  • 3 salariés en charge de la production, 1 salariée en charge de la commercialisation, 2 apprenties 

Contacts utiles

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP