Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Les jardins de Murat : une agroforesterie fédératrice au cœur du bassin de Brive

Décembre 2017– Philippe Cousinié et Régis Triollet (animateurs Réso'them de l'enseignement agricole)

L’exploitation du lycée horticole de Brive-Voutezac, les jardins de Murat, a mis en place un verger maraîcher en agriculture biologique sur 1 ha depuis l’automne 2016. Ce projet d’agroforesterie horticole mobilise toutes les équipes pédagogiques des filières de formation, avec leurs élèves : horticulture, aménagement paysager, commercialisation et filières générales. Il a ainsi permis de développer un réseau avec les partenaires locaux.

Un projet co-construit qui fédère les équipes pédagogiques et dynamise l’exploitation

Suite à une situation de crise de l’établissement de formation à partir des années 2010 (baisse importante des recrutements d’élèves), avec une exploitation en recherche de stabilité (turn-over important des directeurs d’exploitation), l’équipe de direction s’est stabilisée après 2011 avec l’arrivée de Sébastien Quéraud, l’actuel directeur de l’exploitation agricole. De nouvelles idées ont germé, avec des perspectives de reconception des systèmes de culture avec transition vers le bio. « Nous réfléchissons à l’évolution des métiers de l’horticulture et du paysage face aux attentes sociétales afin de développer de nouvelles compétences reconnues par la profession» précise Laurence Pers-Philippoux, la directrice de l’établissement. Avec l’octroi d’un tiers-temps en 2015, une réflexion autour de la transition agro-écologique et une formation en agroforesterie (proposée par la Bergerie Nationale) ont permis d’aboutir à un projet  de verger maraîcher en 2016. Ce projet a reçu l’appui de la chambre d’agriculture de Corrèze (apportant l’expertise) et des pépinières Mirat toutes proches (pour des variétés locales et résistantes). Il a permis de fédérer les équipes pédagogiques en s’appuyant sur les dimensions pédagogiques de la production, de la transformation, de la commercialisation et de l’aménagement paysager. Enfin, « La visite de la ferme Canopée dans le Gers avec l’AFAF nous a rassuré sur la faisabilité » conclut Sébastien Quéraud.

Verger maraîcher et couvert végétal d’hiver (Photo Ph. Cousinié)
Pommes de terre entre les rangs en 2017 (Photo F. Blancafort)

Une orientation agro-écologique innovante pour sortir du « tout pommes »

L’exploitation agricole de 23 ha est répartie sur trois ateliers techniques : un maraîchage de plein champ, des végétaux d’ornement et 1,5 ha de pommiers. Dans ce contexte, l’agroforesterie permet d’envisager une nouvelle approche et de nouveaux débouchés face à une baisse d’activité de la floriculture. « Après avoir entrepris une conversion à l’agriculture biologique sur 20 ha dès 2014 (finalisée en 2018), nous voulions poursuivre l’élan de l’exploitation agricole vers la transition agro-écologique, en resserrant les liens avec la pédagogie, en faisant un maillage avec nos partenaires de territoire (agence de l’eau, pépiniériste et chambre d’agriculture) et en créant un projet novateur. La réflexion s’est ouverte au sein d’un collectif mobilisé sur les notions de système de culture innovant : c’est l’agroforesterie qui a constitué la thématique fédératrice pour tous nos objectifs » précise Laurence Pers-Philippoux. Cette évolution était nécessaire pour sortir du « tout pommes », très majoritaire sur le territoire, et réfléchir à l’évolution du métier de l’horticulture de demain : « ce projet agroforestier est très technique et donc très intéressant pour les professionnels proche de notre exploitation », ajoute-t-elle.

Plantation en décembre 2016 avec les 1ères bac pro AP (Photo F. Blancafort)
Plantation de petits fruits en déc 2017 (Photo R. Triollet)

Un verger maraîcher conçu en trois strates productives

« Le verger maraîcher est lié à ce que l’exploitation sait déjà faire : des productions fruitières (pommes, poires et prunes), des cultures maraîchères (pomme de terre en 2017 et potimarrons prévus en 2018). Ces productions sont représentatives du bassin de Brive, où le sol est propice à ces cultures» déclare Fabienne Blancafort, enseignante en horticulture et référente du projet (bénéficiant d'un tiers temps dédié aux suivis des projets). Les lignes d’arbres plantés en 2016 sont séparées de 15 m, chacun de ces fruitiers étant distant de 5 m sur le rang, ce qui représente 85 arbres sur 1 ha. Une rotation sur 6 ans a été mise en place : pomme de terre, courges, luzerne (3 ans) et maïs.  « Les élèves sont mis à contribution pour la moitié des travaux. Un module d’initiative locale (MIL) a été créé en BTSA Production Horticole (PH) afin d’étudier les pratiques agro-écologiques sur cette parcelle. Dans l’objectif de favoriser la biodiversité et la productivité de la parcelle, les 1ères technologiques (STAV) ont fait des propositions de plantations d’arbustes (4 unités entre 2 arbres) avec des petits fruits et des arbustes mellifères. Ainsi, en décembre 2017, les élèves de Bac pro PH ont été mis à contribution pour planter cette troisième strate » précise Fabienne.

Dispositif de plantation du verger maraîcher (Schéma F. Blancafort)

Une dynamique pédagogique qui s’appuie sur la parcelle agroforestière

« L’ensemble des apprenants sont sensibilisés au projet dès leur entrée dans l’établissement et tout au long du calendrier cultural des productions. Les produits issus du système sont destinés à la vente directe dans notre jardinerie » » précise Fabienne Blancafort. La valorisation pédagogique de ce projet se développe donc avec l’implication de toutes les filières de formation de l’établissement : le dispositif d’aménagement de la parcelle a été réfléchi avec les classes de bac professionnel et de BTSA des filières Aménagement Paysager (AP) et Production Horticole (PH) pour l’installation des arbres fruitiers. Début septembre 2017, les BTSA PH 2ème année s’investissaient dans le cadre d’une évaluation certificative, avec la posture de chef d’équipe « encadrement d’une équipe au travail » auprès d’élèves de Bac pro en chantier. Enfin, un module d’initiative locale permet d’approfondir la valorisation du projet : « le MIL créé en BTSA PH permettra de valoriser la production et la transformation lors des journées portes ouvertes : présentation des principes de création d’un jardin écologique et préparation de confitures et de pâtes de fruits (pommes) » conclut Fabienne Blancafort.

Plantation des arbustes avec Laurent Vernat et les Bac pro PH en déc. 2017 (Photo R. Triollet)

Une valorisation des produits de l’agroforesterie en restauration collective avec l’appui des BTSA

Tri des pommes de terre par les Bac pro PH (Photo F. Blancafort)

Cet automne, les premiers produits de l’agroforesterie des jardins de Murat, essentiellement des pommes de terre cultivées en inter-rang sur la parcelle du verger-maraîcher, bénéficient du circuit de distribution classique via la SICA Bio Pays Landais (Landes) ainsi que des établissements Gautier-Primex (Corrèze) pour la cuisine centrale de Brive (1,2 tonne hebdomadaire). « Un label de valorisation de produits d’agroforesterie permettrait de se démarquer » en complément du label AB, explique Fabienne Blancafort. Dans le cadre de leur cours et des activités de valorisations commerciales des productions de l’exploitation, les BTSA technico-commerciaux de l’établissement proposent des bons de commande à destination des services régionaux de l’état (DRAAF, Rectorat), pour la troisième année consécutive : cette fois-ci, des pommes de terre produites en agroforesterie et en certification AB sont au menu. En définitive, le verger maraîcher a permis à l’établissement de Brive-Voutezac de réussir un projet fédérateur pour les équipes pédagogiques au service des apprenants et des professionnels de son territoire. Les innovations en agro-écologie vont amener l’établissement à réfléchir sur les compétences professionnelles de demain et l’émergence de nouveaux métiers. En région Nouvelle-Aquitaine, à l’instar des jardins de Murat, l’horticulture d’avenir s’appuie de plus en plus sur des liens entre enseignement technique, enseignement supérieur, Recherche et Développement.

Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface totale : 23 ha dont 20 ha en AB
  • Production : maraîchage de plein champ, serres (5000 m2 sous abri, 1500 m2 verre et 500 m2 double paroi), arboriculture (1,5 ha en pommes) et floriculture.
  • Salariés : 1,5 ETP
  • CA 2016 : 95.000 €

Contacts utiles

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP