Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

L’autonomie alimentaire : les élèves parlent aux élèves

Juillet 2016 - Emmanuelle Zanchi (animatrice du réseau élevage DGER)

En Auvergne, les élèves des classes de première Bac Pro CGEA et STAV présentent les choix stratégiques et techniques mis en place sur l’exploitation de leur lycée, pour améliorer l’autonomie alimentaire des troupeaux : l’occasion de découvrir des systèmes contrastés et de réfléchir à de nouveaux leviers pour augmenter les performances économiques et environnementales des exploitations.

La recherche d’autonomie alimentaire comme objectif commun

Que l’on soit à Moulins, à Saint Flour, à Rochefort Montagne, à Yssingeaux, à Durdat-Larequille, que l’on élève des vaches laitières, des bovins allaitants, des ovins, en système de plaine ou de montagne, la recherche d’autonomie alimentaire est une priorité pour limiter les charges.

Depuis plusieurs années, chaque exploitation, accompagnée par le conseil agricole, a développé ses propres stratégies : gestion du pâturage, fertilisation des prairies, implantation de légumineuses, …

Le logo facilite la lisibilité du projet

En 2014, directeurs de lycées agricoles et directeurs d’exploitation ont imaginé mutualiser leurs expériences pour permettre aux apprenants et professionnels d’aller plus loin dans les changements de pratiques agricoles. Pour Mickael Lavedrine, directeur de la ferme de Moulins, établissement porteur du casdar « ce sont les projets d’exploitation qui nous ont emmené à construire le projet collectif et pas l’inverse ». Cinq établissements s’engagent, le projet est co-écrit, un logo est choisi, un espace collaboratif propre au projet est créé. Les attentes sont précises : créer des références technico-économiques, mutualiser des résultats entre établissements, mettre en œuvre des modules de formation communs.

Caractériser l’autonomie alimentaire pour construire les changements

Pâturage hivernal, aliment fermier, foin de luzerne contribuent à l’autonomie alimentaire de la ferme du lycée du Bourbonnais
Photo : EPL du Bourbonnais Moulins

Chaque exploitation définit sa « surface alimentaire », composée des surfaces fourragères et des cultures destinées à nourrir le troupeau. Vient ensuite le calcul du chargement et la production brute de viande par hectare de surface alimentaire. Ce diagnostic est réalisé grâce à l’outil conçu par Fabrice Ranoux, enseignant de zootechnie et pilote du projet. Si l’autonomie fourragère avoisine 100% dans les exploitations, l’autonomie en concentrés est de 30% uniquement.

Le coût de concentré acheté par UGB est alors calculé. Il varie de 111€ à 214€ en fonction des productions et des systèmes. Il ne s’agit pas de comparer mais d’analyser les systèmes et de dégager des pistes d’évolution économiques ou environnementales. Rédigées sous forme de fiches-actions, elles constituent une feuille de route pour la transition agro-écologique des exploitations.

Les élèves apprennent aux élèves

Mais le cœur du projet est aussi ailleurs. Mickael insiste « c’est à chaque exploitation de trouver les financements pour les changements de pratiques. L’enveloppe financière du casdar est destinée aux élèves pour le transport et la confection de panneaux ». A tour de rôle, chaque exploitation invite les quatre autres pour une journée d’échange. En mars 2016, les élèves de Moulins sont les premiers à tenter l’expérience. A grand renfort de panneaux, réalisés avec l’aide de Fabrice et Mickael, ils ont présenté la conduite du pâturage hivernal des brebis, la ration complète des ovins, les cultures fourragères et protéiques à des groupes de huit élèves d’autres établissements. Dès mai 2016, c’est au tour de St Flour de rendre l’invitation. Stress garanti ! Véritables ambassadeurs des projets de l’exploitation, les élèves sont fiers et inquiets de prendre la parole devant leurs pairs. Pour Paul Henri Schraen, directeur de la ferme du lycée de Durdat-Larequille, « ils ont l’habitude d’être évalués par des enseignants mais là, les enjeux semblent plus importants ». D’ailleurs, certains élèves prennent rapidement de l’assurance et révèlent leurs compétences.


Le pâturage hivernal contribue à améliorer l’autonomie de l’exploitation. Les élèves en sont convaincus
Photo : DRAAF Auvergne Rhône-Alpes

Les directeurs des fermes sont unanimes, la réussite du projet réside dans ces journées techniques. « Les élèves ont toujours envie d’aller sur le terrain, affirme Mickael, mais on les sent blasés lorsqu’ils visitent des systèmes connus. Ici, la diversité des solutions proposées les interpelle ». Changer leurs repères a donné lieu à des échanges sur l’autonomie alimentaire et au-delà. Jérémy Pastourel, directeur de l’exploitation de St Flour se souvient « le jour où on est allé à Moulins, avec les élèves, on a vu des leviers auxquels on n’avait jamais réfléchi. Les achats d’aliments économisés grâce au pâturage hivernal, nous ont donné des idées pour St Flour ». Idées d’autant plus pertinentes qu’elles avaient été chiffrées économiquement.

Poursuivre les actions et mobiliser plus largement

Les prochaines visites n’étaient pas encore programmées que les lycées de Brioude et Aurillac souhaitaient intégrer le projet. Mickael précise « Le casdar va avoir une fin mais le projet devrait se poursuivre ». Plus d’interactivité, un re-questionnement des élèves lors des présentations seront au programme de la journée à Durdat-Larequille au printemps 2017. Reste à mobiliser plus largement les enseignants et à amorcer la rédaction d’un module d’enseignement commun aux lycées, une première dans la région. Nul doute que l’année scolaire 2016-2017 sera riche en échanges autour de l’autonomie alimentaire dans les établissements d’Auvergne.

Chiffres clés des cinq exploitations

  • Exploitations situées à Moulins (03), Durdat-Larequille (03), Saint-Flour (15), Rochefort Montagne (63), Yssingeaux (43)
  • 750 hectares au total dont 90% de prairies
  • 100 Vaches laitières de races prim’holstein, montbéliarde et abondance
  • 220 vaches allaitantes charolaises et aubracs
  • 800 brebis de races rava, ile-de-France, blanche du massif central
  • Valorisation des produits en label rouge (bovins, ovins), agriculture biologique (lait, ovins), en AOP Cantal

Contacts utiles

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP