Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Le retour à l’herbe dans le Pas de Calais, c’est possible !

Février 2017 - Emmanuelle Zanchi – Jean-Marie Morin, animateurs de réseaux DGER

Faire le pari du retour à l’herbe pour les vaches dans cette région de grandes cultures n’était pas évident. C’est pourtant celui tenu par le directeur de l’exploitation de Radinghem, Frédéric Grattepanche, et son équipe dans le cadre d’un projet CASDAR transition agro-écologique sur l’autonomie alimentaire.  Trois autres établissements de formation du Nord Pas de Calais sont associés à ce projet.

 

Expérimenter le retour à l’herbe dans une région d’élevage intensif

Chemin d'accès créé pour le patûrage - crédit photo : JM Morin

Du maïs peu développé, beaucoup de terres nues après récoltes de céréales, un paysage légèrement vallonné et peu de haies, Frédéric, venu nous chercher à la gare commente le paysage en cette fin octobre  lors de notre première visite : « Les pluies importantes du printemps et la sécheresse de cet été ont montré la fragilité des systèmes de cultures. L’érosion est visible dans les pentes. Avec la fin des quotas, les exploitations se sont agrandies et la production laitière est soit abandonnée soit très intensifiée avec peu de pâturage. »

L’arrivée à Radinghem fait contraste avec notre vision de l’agriculture nordiste lors de notre trajet : des haies jeunes, des prairies et même des vaches dans les champs !

« Avec une pluviométrie de plus de 1 000 mm par an, cultiver de l’herbe associée au trèfle, ça paraît évident » nous explique Frédéric « en prairie temporaire nous avons eu des rendements de plus de 14 tonnes de MS cette année, largement supérieurs à ceux du maïs  avec un fourrage de qualité pâturé par les vaches 6,5 mois sur 12 ou fauché. » Et ceci avec très peu d’intrants. « J’utilise la technique du semis direct quand je dois refaire les vieilles prairies » .

Un réseau de DEA qui se structure pour construire des outils communs

Des prairies avec légumineuses à fort potentiel - crédits photos JM Morin

Pourtant ce retour à l’herbe est récent ; c’est le fruit d’une réflexion avec les autres établissements d’enseignement agricole de la région et une forte volonté de la profession de réfléchir à l’avenir de la production laitière locale. « Les directeurs d’exploitation de l’ex région Nord Pas-de-Calais souhaitaient développer le fonctionnement en réseau, se rencontrer et échanger sur leurs pratiques» précise Céline Laillet, chargée de mission au SRFD (Service régional de la formation et du développement) de la direction régionale de l’agriculture et de la forêt Hauts de France,  « ce projet d’expérimentation sur l’herbe et ses implications pédagogiques a été l’occasion de se mettre en réseau pour s’organiser et partager nos données» .

Utiliser des outils d’enregistrement et d’analyse communs, c’est ce qui motive Frédéric et ses collègues. Ils ont ainsi testé avec les enseignants et les apprenants le diagnostic prairies du GNIS, le logiciel PRAICOS de l’institut de l’élevage et l’outil « GTE Lait »( gestion technico-économique) proposée par la chambre d’agriculture. Les informations techniques et économiques sont ainsi collectées avec les mêmes méthodologies pour analyser et comparer les résultats. Ces outils ont permis de faire un état zéro des systèmes fourragers et de poser un premier diagnostic avec les enseignants et les élèves.

L’exploitation comme ressource pédagogique et professionnelle

Les enseignants sont associés à ces démarches avec une réunion tous les 15 jours et un tour de plaine à Radinghem. Ils sont aussi directement acteurs de ce projet avec leurs élèves car l’élevage sert de base à la fois à l’expérimentation et à la pédagogie.  Les élèves de la seconde au BTS, les apprentis et les stagiaires adultes participent à tour de rôle aux activités de la ferme.  Une salle de cours toute neuve est intégrée à la stabulation et la salle de traite a été conçue pour accueillir les groupes.

« Nous avons réalisé le diagnostic prairies avec les secondes et les terminales de Bac pro » nous explique Marie-Alice Fournier, enseignante en agronomie « Les élèves apprennent à collecter les données, observer les parcelles et enfin contribuent à la prise de décision : comment favoriser les légumineuses dans la prairie ?  Mr Osson du GNIS nous a accompagné pour la méthodologie et nous avons identifié les différentes espèces prairiales selon un protocole précis (sur 20 mottes de 15X20 cm) ». La même méthode a été utilisée sur les autres sites mais les résultats n’ont pas encore été partagés.

Les expérimentations du projet visent aussi à toucher la profession agricole.

L’investissement du conseil régional (plus de deux millions d’euros pour les bâtiments et équipements) et de la profession (suivi de deux lots de vaches laitières différenciés sur l’intensification) est valorisé par des journées techniques ouvertes aux professionnels locaux ; celle sur les couverts végétaux en septembre 2016 a ainsi réuni plus de 350 participants.

 

Ce projet qui se termine en 2017 a mobilisé les établissements qui souhaitent poursuivre ces activités notamment en favorisant des visites avec les élèves sur les différents sites pour mieux partager les travaux réalisés.

La stabulation neuve a été inaugurée à l'automne 2016 - crédits photos JM Morin
La salle de traite est ouverte pour favoriser les activités pédagogiques - crédits photo JM Morin
essai de couverts végétaux
essai de destruction de couvets végétaux pour semis direct
effet de la pression des pneus sur tassement du sol

Les autres établissements impliqués dans le projet

Sains du Nord : Forte désintensification en viande limousine 100% herbe, 100% biologique avec très bons résultats économiques.

Le Quesnoy : Transformation d’une partie de la production laitière (100 000 litres en fromage et Yaourts) et troupeau mixte Prim’ Holstein et Bleue du Nord

Institut Genech : Travail sur l’autonomie de l’élevage des génisses.

 

 

Chiffres clés de l'exploitation

   
  • Surface totale : 125 ha
  • atelier 90 vaches laitières de race Prim'Holstein production : 720 000 litres de lait
  • atelier ovin - viande certifié agriculture biologique de 70 brebis avec commercialisation en circuit court (vente directe et restauration scolaire)
  • atelier grandes cultures (75 ha)
  • 2,5 ETP salariés et un directeur d’exploitation
 

Contacts utiles

 
MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP