Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Saline d’Arc et Senans : l’engagement agri-culturel des établissements de l’enseignement agricole

Luc Schuiten et Denis Duquet (Crédit photo. JM Morin)

 

Juin 2018, Emmanuelle Zanchi, animatrice Résothem de l'enseignement agricole

 

C’est guidés par un triporteur à fleur parasol et accompagnés de musiciens que Luc Schuiten et Denis Duquet nous font découvrir les jardins de la Saline Royale d’Arc et Senans. L’architecte utopiste et le responsable des jardins ont orchestré et mêlé leurs talents pour proposer des cités végétales qui transportent le visiteur dans une ville imaginaire. Mais le 18ème festival des jardins ne se contente pas d’inviter au voyage : c’est une pépinière où près de 400 jeunes, étudiants en écoles du paysage, lycées horticoles, métiers de la nature ont pu exprimer leurs savoir-faire.

Les brins d’osier constituent les dômes du jardin «Les émergents »

L’osier vivant structure les jardins

En effet, dès le mois de mars, 21 stagiaires du CFPPA de Fayl Billot et leurs deux formateurs vanniers, Jean Pierre Benetiere et Jean Paul Bavoillot, s’emparent des lieux et suivent les plans des étudiants d’écoles nationales supérieures du paysage françaises, belge et suisse. Pendant 15 jours, ils vont tresser, cintrer des perchettes d’osier vivant pour créer des dômes ou des tours. Pour les stagiaires, c’est une expérience nouvelle : c’est la première fois qu’ils travaillent hors de l’atelier de vannerie dans des conditions climatiques difficiles, souvent dans le vent et la pluie.

 Des milliers de brins d’osier composent les structures végétales et le mobilier des jardins. L’osier est cultivé dans l’exploitation agricole du lycée horticole de Fayl Billot. Chaque hiver, l’osier est récolté, trié en fonction de la longueur des brins, mis en bottes. Certains brins sont écorcés et utilisés en vannerie. Les perchettes qui constituent les pièces maitresses des jardins sont des pousses de 2 à 3 ans. A la fois souples et solides, elles vont se couvrir de feuilles au printemps. Coralie Beltrame, vannière stagiaire est émerveillée : « c’est émouvant de voir le résultat de notre travail maintenant que la végétation a poussé. Quand on a terminé les constructions en mars, l’osier était nu. C’est magique de le redécouvrir maintenant ». Luc Schuiten affirme même que « les artistes vanniers ont fait émerger l’esprit des jardins ». D’ailleurs, en septembre prochain, aux premiers jours de leur formation, les nouveaux stagiaires vanniers, tout comme les élèves de baccalauréat professionnel Aménagement Paysager, viendront visiter les jardins et mesurer le travail réalisé par leurs prédécesseurs. L’occasion d’évaluer le défi qui les attend pour le printemps prochain.

Créer des synergies entre l’enseignement agricole technique et supérieur

Chacun des dix jardins est la réponse à un appel à projet lancé par le festival des jardins de la Saline d’Arc et Senans aux Ecoles du paysage de Versailles, Angers, Blois, Liège (Belgique) et Genève (Suisse). Par binôme, les étudiants proposent des dessins, des plans au jury présidé par Luc Schuiten. Ils donnent corps aux cités végétales. Aux étudiants sélectionnés la tâche de guider les stagiaires en vannerie et en aménagement paysager dans la réalisation pratique. Denis Duquet, jardinier en chef, vient présenter, au printemps, chaque projet aux différents écoles engagées dans le festival.

Alors que les vanniers créent les structures végétales, les élèves de Bac Professionnel Aménagement Paysager du lycée horticole de Fayl Billot apportent la touche finale dans le jardin « Les émergents ». Au cours d’un chantier école, ils ont réalisé les plantations et travaillé le bois pour créer des plateformes, des bancs, accompagnés de Florian Chevillot et William Ducret, enseignants en aménagement paysager. « Ce chantier complète bien la formation des élèves », explique Florian. « L’approche est différente de celle que les élèves pourront avoir chez des clients ; on peut se permettre de réaliser des structures de décoration imposantes. ». Les élèves sont enthousiastes et ils vivent le festival des jardins comme une compétition entre écoles, l’occasion de démontrer leur savoir-faire et de générer de l’émulation.  Ils ont apprécié que les étudiantes conceptrices du jardin soient présentes lors du chantier. De quoi faire naître des vocations puisque des échanges sur les métiers ont eu lieu entre étudiantes et élèves.

Florian mais également Pascal Marconnot, formateur du CFPPA de Valdoie partagent le même avis : « C’est un challenge technique pour les jeunes. Il faut se creuser la tête, corriger et adapter les plans initiaux à la parcelle et à son environnement. La confrontation entre l’idée de l’étudiant et la construction réelle n’est pas toujours simple ». Ces échanges ont permis aux stagiaires de Valdoie d’ériger des tours en bambou pouvant atteindre six mètres de hauteur. Jean Pierre Benetière, formateur vannier, insiste également sur l’envie de relever des défis. « On a rencontré les étudiants. Ils nous ont fourni de beaux dessins qui nous ont donné envie de réaliser les jardins. On est heureux, par nos réalisations, d’être un maillon de cette chaine ».

 

 

Jean Pierre Benetière « Travailler avec les étudiants des écoles du paysage est rassurant pour l’avenir de l’architecture végétale : ils nous font progresser » (Crédit photo. JM Morin)
Pascal Marconnot, formateur du CFPPA de Valdoie, devant les tours en bambou du jardin « Métamorphose » (Crédit photo. JM Morin)
Josiane Moilleron, directrice du CFPPA

Les formateurs et enseignants sont unanimes. S’immerger totalement sur le site de la Saline pendant une à deux semaines, puisque les élèves et stagiaires y logent pendant toute la durée du chantier, est une étape clé de la formation. « Nous avons l’impression de faire partie du lieu, comme à l’époque de Nicolas Ledoux et c’est gratifiant de penser que 130 000 visiteurs vont voir nos réalisations ». Rendez-vous pris pour les stagiaires en 2019 et invitation à la découverte pour tous jusqu’au 21 octobre 2018.

L’interview de la directrice du CFPPA de Fayl Billot, Josiane Moilleron

« Le festival des jardins, c’est 18 ans de partenariat avec la Saline. 18 années de défi à relever. C’est grâce à la Saline et au travail imaginé par les payagistes que nous avons pu développer nos compétences en architecture végétale. Les paysagistes nous ont fait réaliser des structures que nous n’aurions pas pensé, osé, faire. Chaque année est pleine de surprises, de défis techniques. Les formateurs et leurs stagiaires relèvent ces défis avec plaisir ; ainsi leurs compétences, dextérité, technicité sont mises en valeur. Le tandem paysagiste-vannier opère. Pour le CFPPA, ce partenariat permet d’offrir une vitrine du savoir-faire en architecture végétale chaque année renouvelé. Et cette année encore plus sous la houlette de Luc Schuiten."
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Chiffres de l'exploitation

  • Quelques chiffres de l’exploitation de Fayl Billot : 3 ha d’osier et de perchettes, 20 tonnes d’osier récolté par an commercialisés en vert, en brut et en blanc. Mais également un atelier maraichage biologique, floriculture, pépinière et aménagement paysager

Contacts utiles : EPLEFPA de Fayl-Billot

Les établissements participants au 18° festival des jardins :

  • Lycée agricole Olivier de Serres, Quétigny (21)
  • CFPPA de Chateaufarine, Besançon (25)
  • Lycée agricole Edgard Faure, Montmorot (25)
  • Lycée horticole de Grenoble Saint-Ismier (38)
  • EPL de Fayl-Billot : lycée horticole, CFPPA – Ecole Nationale d’Osiériculture et de Vannerie (52)
  • Lycée agricole de Metz, Courcelles Chaussy (57)
  • CFA agricole de Guegnon (71)
  • EPL Lucien Quelet, Valdoie : Lycée professionnel horticole, CFPPA (90)
  • Maison familiale et rurale, Les Fins (25)
  • Maison familiale et rurale, Amange (39)
  • Maison familiale et rurale, Chargey-les-Gray (70)
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