Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

De l’osier pour les paniers de légumes bios de Fayl-Billot (Haute-Marne)

 Jean-Marie Morin, Emmanuelle Zanchi, animateurs Réso'them DGER Juin 2017

 

Depuis 10 ans, l’EPL de Fayl-Billot s’inscrit dans le développement durable en limitant les pesticides sur l’exploitation mais surtout en développant une activité en agriculture biologique : pour faire consommer des produits bios à ses élèves, il faut aussi savoir les produire. Formation, création d’un espace test de maraichage bio, plants bios sont les clés de ce développement en essayant d’y intégrer l’osier, symbole de ce village de vanniers et d’osiériculteurs.

Une exploitation horticole classique
Le batiment historique de l'école de vannerie
Dans une serre en activité de l'espace test maraichage biologique
Des plantes en containers mais aussi du plant de légume bio

Faire du bio : une décision concertée

Jusqu’en 2007, l’EPL propose des formations horticoles classiques basées sur une exploitation essentiellement axée, en plus de la culture d’osier sur la production de fleurs et de plantes à massif. "La réforme du bac professionnel et du BP REA, une vice présidente de région Europe Ecologie les Verts, le GAB du département impliqué dans l’EPL conduisent le conseil d’administration à valider le développement du bio. Ce sera d’abord un repas bio par mois mais l’approvisionnement est difficile ; aussi la décision est prise de développer une production maraîchère bio » explique Josiane Moilleron, directrice du CFPPA

 

2011 voit le démarrage du BP REA à orientation bio et la création d’un pôle d’expérimentation du maraichage bio en Champagne Ardenne avec un espace test permettant la préparation à l’installation, sur le site de l’EPL. La région et la DRAAF Champagne Ardenne fournissent les crédits pour les investissements et accordent un poste d’animateur à temps complet pour la mise en place du projet.  Ce poste est maintenant à mi-temps et consacré au suivi de l’espace test et de l’agriculture bio sur l’exploitation.

La serre avec le maraicher en test entouré de ses accompagnateurs (Régis Jacquet, Aline Meunier et Josiane Moilleron)

Un espace test pour développer le maraichage et favoriser l’installation

Une dizaine de stagiaires par an pour la plupart non issus du milieu agricole se forment en BP REA et participent aux travaux sur l’espace test (1 ha de plein champ et 1200 m2 couverts). « Ils passent les examens pratiques sur de vraies cultures » précise Régis Jacquet, formateur et encadrant de l’espace test.

Mais souvent, ce n’est pas suffisant pour démarrer une activité professionnelle à son compte : deux places par an sont ainsi disponibles pour conduire les cultures et les commercialiser en proximité (cantine du lycée, marché sur l’EPL le jeudi soir, paniers à la commande, magasins spécialisés, contrat avec Jardins de Cocagne…). Les stagiaires sortant de formation sont prioritaires pour cette activité bénéficiant d’une couverture sociale et d’une indemnité de stage de 700 euros par mois (convention de pré-installation). Si le chiffre d’affaires est encore faible (13 000 euros en 2016), l’objectif est bien de réaliser une production suffisante pour assurer un revenu à un maraicher professionnel.

Le pari n’est pas encore gagné : la Haute Marne a peu de tradition maraichère, la bio est encore peu présente tant en termes de production que de consommation et les conditions pédo-climatiques sont souvent défavorables (terrains en pente, sols pauvres, climat continental froid et humide, pas de réserve d’eau sur le site). Cependant la demande de produits locaux et bios à l’origine du projet est toujours présente et reste le fil rouge des intervenants : la communication de l’EPL en est la preuve Fayl Billot se transforme en Fayl BIllOt sur les plaquettes (photo de la plaquette lycée)

Aline devant les brins d'osier à travailler avant commercialisation
Une pièce du jeu d'échecs réalisé pour Arc et Senans

Une exploitation qui cherche sa voie entre tradition et agro-écologie, soutenable économiquement.

Aline Meunier, nouvelle directrice de l’exploitation depuis février 2017, nous présente l’ensemble de l’activité de production en dehors de l’espace-test dont elle a aussi la responsabilité. Ancienne commerciale, reconvertie à l’horticulture après un passage comme salariée en maraichage bio, elle veut conforter les activités de l’exploitation mais aussi en développer.

« L’exploitation c’est 3000 m2 de serres en PBI pour la production de fleurs et plantes à massifs. On vient de faire un lâcher de chrysopes contre les pucerons. Depuis cette année nous commençons une activité de plants bios pour l’espace test mais aussi à terme pour une clientèle plus large. C’est dans l’esprit de l’établissement de s’ouvrir vers un public plus large et c’est aussi intéressant commercialement. »

Nous gérons aussi un espace à deux kilomètres où se trouvent l’espace test  et les plantations d’osiers.»

 

L’osier, culture historique pour ce territoire de vanniers : des variétés nombreuses pour des usages et coloris différents, un travail encore largement artisanal pour préparer la matière première et des questions techniques non résolues pour un passage en bio.

« Nous avons été certifiés bio pour les cultures d’osier mais nous avons du faire des traitements et arrêter la certification car la cécydomie attaquait les plantations et nous n’avons pas trouvé de solution autorisée en bio » rappelle Régis Jacquet

L’osier étant une culture peu répandue pour l’usage professionnel, il n’y a pas de recherche spécifique pour cette production.

De plus la rentabilité reste très faible voire nulle : la culture ne demande pas d’énormes moyens mais le coût de la main d’œuvre pour la préparation de l’osier prêt à vendre est prohibitif. Il reste à imaginer des débouchés mieux valorisants pour cette production écologique et artisanale qui demande des savoir faire spécifiques : la demande des particuliers en aménagements paysagers et l’installation de vanniers s’orientant vers des productions artistiques (travail en cours avec l’architecte et dessinateur Luc Schuitten à Arc et Senans) pourraient être une voie d’avenir.

Chiffres clés de l'exploitation

  • SAU : 3 000 m² de serres et tunnels - 0,5 ha de pépinières de pleine terre et 800 m² en conteneurs oseraie de 2,8 ha; 0,7 ha espace test maraichage
  • Productions : Plantes à massifs annuelles et bisannuelles et chrysanthèmes, végétaux de pépinière, arbres et arbustes en containers et pleine terre, pépinière fruitière, légumes bios et plants de légumes, osiers, prestations de service en aménagements paysagers
  • ETP : 1 directrice d’exploitation à plein temps, 2 salariés à plein temps, 1 animateur de l’espace test à mi temps, 1 saisonnier

Contacts utiles : EPLEFPA de Fayl-Billot

 

Crédits photos : Jean-Marie Morin

 

 

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