Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Le Potager de Pétrarque à Avignon : une nouvelle directrice pour un nouveau projet

Clotilde et son collègue Loïc de l'Isle sur Sorgue

Février 2018 - Jean-Marie Morin, Jean-Luc Toullec et Emmanuelle Zanchi, animateurs Reso’them de l’enseignement agricole

Quinze minutes après notre arrivée, elle a déjà envoyé un tweet pour signaler notre présence ! Ce n’est pas de la délation mais une communication moderne pour Clotilde, jeune ingénieure sortie d’école l’été dernier et qui prend son premier poste au potager de Pétrarque, l’exploitation maraichère, arboricole et viticole de l’établissement d’Avignon. Et n’allez pas croire qu’elle fait ça planquée dans son bureau. Smartphone dans la poche certes mais sur le pont du matin au soir pour planter semer récolter mais surtout organiser : les stages sur la ferme des BTS productions horticoles et viticulture œnologie, le travail de Jean-Baptiste, jeune salarié de la ferme, la commercialisation et les livraisons…et beaucoup de travail administratif avec les règles souvent complexes de la comptabilité publique.

Une production diversifiée....trop ?

La ferme compte douze hectares en bio (sauf une petite parcelle d’un demi hectare de pommiers avec des variétés très sensibles à la tavelure), soit douze hectares de projets.

Un hectare et demi de verger maraîcher implanté en 2011 est composé de quinze espèces de fruitiers : pommier, cerisier, jujubier, plaqueminier, poirier… avec alternance de rosacées pour éviter les maladies. Les classes récoltent les fruits et les clients ne manquent pas : les jujubes et les kakis sont partis en deux jours ! Mais l’organisation est à revoir, Clotilde le constate : « Les arbres ont grandi et il devient difficile de cultiver avec un espacement de huit mètres entre les rangs. Il faut donc imaginer sur ces bandes étroites des cultures complémentaires et peu exigeantes en temps de travail et passages : cette année, radis fourragers. »

Sur l’autre moitié du verger maraicher, l’espacement de quinze mètres entre les lignes permet de cultiver les légumes.

La production de l’atelier maraîchage de plein champ avec les abris couvre pour sa part deux hectares et demi, y compris un petit verger de kiwis. La serre de 1800 m2 et 5000 m2 de tunnels froids, en majorité vides à cette saison, sont également à réorganiser. Clotilde a confié cette étude aux  BTS Productions horticoles 2ème année :  « ils travaillent sur les assolements avec leurs enseignants et doivent intégrer les contraintes, vente majoritaire à la restauration collective, peu de disponibilité de travail l’été, sols pauvres en matière organique… ». La demande est là : les salades, une des seules cultures présentes, se vendent par cageots entiers à la restauration collective en ce début février. Bientôt, les cultures de printemps (courgettes, aubergines) vont se mettre en place.

Les quatre hectares de vigne sont vieillissants et commencent à être remplacés. La première récolte certifiée bio en septembre 2017 n’a pas pu être vinifiée avec le label cette année : Clotilde venait d’arriver et elle a livré à la coopérative habituelle. Une partie des travaux, taille, récolte est assurée par les BTS Viticulture Œnologie.

Les quatre hectares restants sont en jachère. Le projet est d'en consacrer une partie à la culture du lavandin. Clotilde nous explique : « Plusieurs volets dans l’expérimentation : expérimentation de cultures d’inter-rangs sur des variétés sensibles, pour voir dans quelles mesure ces cultures bloquent la dissémination de la cicadelle porteuse de pathogène responsable du dépérissement des pieds. Les autres volets expérimentaux portent notamment sur la mécanisation et la robotique et mettront à contribution les filières agroéquipement de l’établissement pour la conception ou l’amélioration des outils. Ce travail sera réalisé en partenariat avec le GIEE Senteurs des Sorgues, auquel nous n’adhèrerons pas dans un premier temps mais qui fournira un support technique, et le CRIEPPAM pour l’expérimentation sur les couverts et du machinisme. »

 

            

Le plan du verger maraicher
observation de la taille de la vigne
choux en bordure du verger maraicher
Production de salade sous serre

Concilier pédagogie et production  

Comme pour beaucoup d’ateliers maraîchage dans l’enseignement agricole, l’objectif a d’abord été pédagogique sans trop se soucier de rentabilité économique. L’expérimentation avec le verger maraîcher, la vente de fruits et légumes en paniers ont généré des besoins de main d’œuvre non satisfaits. Depuis septembre, la direction a décidé de limiter le nombre d’espèces produites en maraîchage pour viser une commercialisation en restauration collective sur les deux sites de l’EPLEFPA : Avignon et Isle-sur-Sorgue, et avec Agrilocal, une plateforme mise en place par la chambre d’agriculture pour des collectivités du Vaucluse et des environs. Les fruits en petites quantités (kiwis, kakis, jujubes) sont facilement vendus aux enseignants.

Avec deux formations de techniciens supérieurs, le potentiel d’apprentissage mais aussi de conduite des cultures est important. Pour trouver l’équilibre entre la nécessaire expérimentation des étudiants et une production rentable, le rôle de la directrice de l’exploitation est fondamental. Clotilde en est consciente : « il faut non seulement manager les étudiants, trouver des formules pour les responsabiliser et assurer la production, mais aussi organiser les relations avec les enseignants pour que l’exploitation ne soit pas qu’un terrain de travaux pratiques. »

Un projet à construire en partenariat

L’établissement accueillera du 16 au 18 octobre 2018 le rendez-vous Sud-Est de Tech&Bio pour tous les aspects de démonstration : cultures maraîchères et fruitières, travail du sol… Une forte mobilisation à prévoir dès maintenant pour organiser le partenariat avec le GRAB, les chambres d’agriculture et les instituts techniques.

Le lavandin doit être aussi planté en 2019 : quelles modalités d’expérimentation et quelle implication de l’exploitation ? Il reste beaucoup à définir.

L’ouverture d’un atelier de transformation de fruits et légumes est prévue pour 2019 ; il sera d’abord à vocation pédagogique mais s’inscrit dans une logique de rentabilité. Il occupera une grande partie du hangar de stockage des fruits et légumes et du matériel de l’exploitation. Clotilde assume : « encore une réorganisation à prévoir ! »

La commercialisation et donc la production de légumes sont en grande partie modifiées cette année ; le travail de prévision des étudiants est en bonne voie mais nécessitera forcément des aménagements.

Last but not least, la gestion de la fertilité des sols pose question à moyen terme (faible taux de matière organique). Là aussi, la directrice prévoit : « Nous avons un projet de valorisation des déchets de l’exploitation pour le compost en partenariat avec les élèves éco-ambassadeurs du lycée. »

Les épaules de Clotilde sont certes solides mais pour un premier poste, la tâche est complexe. Elle est soutenue par sa direction, par sa tutrice, Isabelle, directrice de l’exploitation de l’établissement de Carpentras, par Loic, directeur de l’autre site à l’Isle sur Sorgue et enfin par un environnement technique et scientifique de qualité (GRAB, Bio de Provence, Chambre d’agriculture, INRA…).

 

… Et aussi soutenue par tous les twittos qui la suivent sur https://twitter.com/potager_petrark !

Hangar à matériel et chambre froide
Clotilde présente ses projets

Miser sur la complémentarité cultures-élevage.

    Lors d'un tour de plaine dans les vignes et les vergers de l'exploitation en décembre, Clotilde constate un enherbement important des parcelles. " Difficile d'intervenir directement mécaniquement, on avait bien besoin de moutons " explique-t-elle. Des voisins connaissaient un berger qui cherchait des ressources fourragères. Quinze jours plus tard, 140 brebis et leurs agneaux pâturaient vignes et vergers. Quelques règles sont bien sûr à respecter : pâturer avant la taille des vignes, tracer les parcelles utilisées et éviter le surpâturage. Si les moutons ont boudé les pommes, ils ont été très friands du lierre envahissant. L'expérience est prête à être renouvelée.
Les moutons ont mangé le lierre sur les pommiers

Verger maraîcher : pour des synergies entre fruits et légumes, biodiversité et production .

    Le verger maraîcher d'Avignon a été créé en 2011-2012, alors que l'établissement était engagé dans l'action BiodivEA (biodiversité dans les exploitations agricoles). L'objectif de l'époque ? Tester la production associée de fruits et légumes sur la même parcelle, en mobilisant les services mutuels entre arbres et légumes (ombre estivale, structuration et biologie du sol, accueil complémentaire d'auxiliaires et de pollinisateurs...). Pour la partie avec des inter rangs étroits (8m), Clotilde réfléchit à des couverts, riches en biodiversité fonctionnelle et sobres en main d'œuvre, comme des semis de messicoles (plantes sauvages des moissons) ou des fourrages valorisables, ou des vivaces... Une réflexion à poursuivre, peut-être dans le cadre de partenariats locaux ?

Chiffres clés de l'exploitation

  • Verger maraîcher : 1,46 ha
  • Maraîchage : 2 ha (hors agroforesterie)
  • Verger de pommiers (non bio) : 0,45 ha
  • Vignes : 4 ha
  • Jachère : 4 ha
  • Main d'œuvre : 2 ETP (Un salarié et la directrice)
  • Commercialisation : majoritairement circuit court (restaurations scolaires, restauration collective autre, personnels du lycée), quelques entreprises/associations de transformation pour le second choix et depuis peu un grossiste.

Contacts utiles

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP